Parallaxe de la « morale » catholique

Bien souvent autour de moi, certains regrettent une vision de la morale portée par l’Eglise catholique (notamment encore et toujours en matière de morale sexuelle) comme étant une morale « culpabilisante.  » Cette morale serait inculquée comme un discours théorique sur « ce qu’il faut faire » et ce qui est « interdit. »

Partons donc de ce constat, considérons-le comme objectif et non pas comme un règlement de compte de quelqu’un qui aurait une vieille rancœur contre le catholicisme, ce qu’il est parfois sous la plume de certains.

Si ce constat est partagé par de nombreuses personnes « de bonne volonté » (voir paragraphe précédent), c’est sans doute que le discours « morale » tel qu’il est exprimé peut manquer de clarté. Penchons nous donc un instant sur ce discours pour chercher à voir ce qu’il en est.

L’enseignement de l’Eglise (l’enseignement dans son ensemble et pas seulement moral) vise à aider les hommes et les femmes à découvrir Dieu, à apprendre à le connaître, à l’aimer et le servir. Ainsi irradié par cet amour divin, l’Eglise invite les hommes et les femmes à se tourner vers leurs autres pour vivre humainement de cet amour qui procède de Dieu (par l’évangélisation et par l’exercice de la charité notamment). Voilà pour le principe général.

La philosophie morale (ou philosophie pratique pour reprendre une terminologie kantienne qui a le mérite d’éviter une connotation « négative » du terme employé) de l’Eglise catholique s’inscrit dans cette démarche générale et vise à guider l’homme dans la conduite de sa vie terrestre « dans les pas du Christ » (c’est-à-dire, dans l’imitation de Jésus pour reprendre le titre d’un best seller d’autrefois).

Sur la base de ce constat, j’ai envie de dire, pour schématiser, qu’il y a deux angles différents pour aborder l’enseignement de la philosophie pratique de l’Eglise : le magistère et la pastorale.

1) L’enseignement du magistère est l’enseignement « public » de l’Eglise, dans ses livres, dans ses enseignements divers… on pensera par exemples aux encycliques des Papes… C’est ce que l’on pourrait comparer à des cours magistraux. Pour en revenir à Kant, ce serait (mais là je commence à forcer l’exemple à grands traits) la notion de l’impératif catégorique. C’est cet enseignement qui vient dire, dans le domaine de la « morale sexuelle » (celle qui démange particulièrement notre époque) que puisque Dieu a aimé l’homme d’un amour absolu tout au long des « errements » du peuple dans l’ancienne alliance, qu’il a aimé l’homme jusqu’à offrir son fils unique pour sceller une nouvelle alliance « indissoluble » avec l’homme, en retour, l’homme est appelé par Dieu à une alliance indissoluble, à un don intégrale de lui-même. Pour certains, ce don de soi a « vocation » à s’accomplir dans l’union de vie de deux personnes, c’est-à-dire dans le mariage qui est « symbole » de l’alliance que Dieu veut nouer avec chacun d’entre nous. Et sur ce sujet, le « cours magistral » de l’Eglise, dit que le mariage est appelé à être vécu comme un don libre de soi, dans la fidélité et de manière indissoluble. On retrouvera par exemple, dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique des développements de ces points.

2) L’enseignement de l’Eglise est aussi pastoral : c’est le lieu de l’échange quotidien (et personnel) qu’il est possible d’avoir avec les prêtres, les religieux, les différents accompagnateurs spirituels… Pour l’Eglise, chacun d’entre nous est appelé à suivre Jésus. Le Golgotha est bien visible et nous pouvons tous savoir (à cause de l’enseignement du Magistère de l’Eglise) que le Crucifié nous appelle à aimer comme Lui-même nous a aimé, jusqu’à la mort sur le bois de la Croix. En revanche, ce que le magistère ne sait pas, c’est quelle est notre histoire personnelle, notre parcours jusqu’à ce jour (si l’on a été élevé dans un environnement catholique ou pas, si l’on a divorcé, si l’on a commis un meurtre…). De notre parcours et de notre histoire personnel il appartient à la pastorale de l’ordonner à l’amour divin. Cet ordonnancement doit être fait, au rythme de chacun, avec la douceur du bon pasteur qui va chercher la brebis égarée en laissant les 99 autres. Donc le message ne peut qu’être « personnel ».

L’enseignement « moral » de l’Eglise repose pour moi sur ces deux aspects, et s’en tenir au premier pour critiquer un discours trop « rigide » me semble un exercice périlleux comme juger un programme pédagogique d’une université sur ses seuls cours magistraux sans prendre en considération les travaux dirigés, les stages, les devoirs en temps libre, les temps de rencontre avec des professeurs… c’est bien tout cela qui procède du projet pédagogique.

Dans la « mission d’évangélisation » de l’Eglise, c’est-à-dire de chaque chrétien, il faut respecter un principe de « gradualité ». Comme le rappelait le Cardinal Barbarin, Primat des Gaules, lors d’une conférence au Cercle Saint-Guillaume, le 15 avril 2013, il est du devoir de celui qui accueil son prochain au sein de l’Eglise, de l’accompagner en ayant à l’esprit cette loi de gradualité : « quel petit pas pouvez-vous faire pour avancer » vers Dieu ?

A mon sens, il y a un dernier écueil qui est à mon sens à éviter, c’est celui de l’angélisme. Je pense à ce discours entendu trop souvent que Jésus, il est gentil et mignon et qu’il appelle tout le monde. La seconde phrase de ce discours est que l’Eglise, au contraire, condamne et exclue ; elle déforme donc le message du petit Jésus.

1) Sur l’Eglise qui condamne et exclue, je rappelle que l’Eglise donne une direction, un cap. Elle rappelle sans cesse (et au risque de paraitre ringarde) où le Christ veut nous emmener. Et pour ceux qui veulent, elle les accompagne.

2) Et sur la gentillesse de Jésus, ayons bien à l’esprit que si Dieu est bon, il n’est pas poire non plus ! Il est nécessaire de se rappeler que Jésus n’a pas abolit l’ancienne alliance, il l’a « accomplie.  » Alors n’oublions pas trop vite que :

    • dans les dix commandements, Dieu fait preuve d’autorité : « moi, Yahvé ton Dieu, je suis un Dieu jaloux. Je punis la faute des pères sur leurs fils, leurs petits-fils et arrière-petits-fils, lorsqu’ils me haïssent » (Ex 20, 5)
    • Jésus peut être dure avec ses disciples lorsque, par exemple, il dit à Pierre « passe derrière moi, Satan […] ta façon de voir n’est pas celle de Dieu, mais celle des hommes. » (Mt 16, 23)
    • Jésus peut être sévère avec les marchants du temple : « Alors il se fit un fouet avec des cordes et il commença à les jeter tous hors du Temple avec leurs bœufs et leurs brebis. Il renversa les tables des changeurs et fit rouler leur argent par terre. Puis il dit aux vendeurs de colombes : ‘Enlevez-moi cela d’ici et ne faites pas de la Maison de mon Père une maison de commerce’.  » (Jn 2, 15-16)

Enfin, un dernier mot sur la « déclinaison » d’un message générique à différentes zones géographiques dans lesquelles les références culturelles communes ne sont pas « imprégnées » des « valeurs » du christianisme, dans ce cas là le magistère local (les évêques, les conférences épiscopales, en liens avec les services compétents de la Curie) font ce que l’on appelle « l’inculturation » de l’Eglise, c’est à la « transcription » ou la « déclinaison » du message de manière à être audible dans un contexte socioculturel donné. On est là dans un élément intermédiaire entre le Magistère et le pastoral.

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