Synode sur la famille : situation d’un couple mixte

De retour du Synode extraordinaire d’octobre 2014, et en vue de préparer le Synode ordinaire d’octobre 2015 sur « la vocation et la mission de la famille dans l’Eglise et dans le monde », le Cardinal Archevêque de Paris, Monseigneur André Vingt-Trois a invité les paroisses à constituer des équipes synodales ; celles-ci seront invitées à offrir leurs réflexions comme autant de contributions et d’enrichissements aux travaux diocésains.

Toutefois, par manque de participants, dans ma paroisse, il n’y aura pas de groupe de travail sur le sujet… Je trouve cela dommage d’un point de vue personnel parce qu’en tant que #PapaCatho, père d’une très priante #babygirl, je me sens forcément concerné par le sujet : les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation constituent pour moi, une aspect quotidien de la vie familiale.

Qui plus est, dans mon cas précis, ce sujet prend une dimension toute particulière car je suis marié à une femme non-croyante (et non baptisée) ; nous formons donc ce que l’on appelle un « couple mixte ».

2015 03 11 - Mariage mixtes

C’est alors avec enthousiasme que j’ai souhaité réfléchir sur le sujet et apporter un éclairage personnel sur ce qui peut être vécu dans le cadre « de mariages entre catholiques et non baptisés » (Familiaris Consortio n°78) et, tout particulièrement, dans le cas où « la personne non baptisée ne professe aucune religion » (ibidem).

Avant toute chose, avant de me lancer dans cet exercice, je vous propose de relire ce que dit la Relatio Synodi de la IIIème Assemblée Générale Extraordinaire (5-19 octobre 2014) sur la question des mariages mixtes.

« Les problématiques relatives aux mariages mixtes sont souvent revenues dans les interventions des Pères synodaux. La diversité de la discipline relative au mariage dans les Églises orthodoxes pose, dans certains contextes, des problèmes sur lesquels il est nécessaire de réfléchir au niveau œcuménique. De même, pour les mariages interreligieux, la contribution du dialogue avec les religions sera importante. » (Relatio Synodi n°34)

Je trouve que non seulement ce paragraphe est bien mince mais en plus il n’y est question que d’œcuménisme et de « dialogue avec les religions » (ibidem). Rien sur l’éducation des enfants, rien sur le partage de la foi au sein du couple et des familles respectives qui sont parfois justement aux périphéries de l’Église catholique romaine, rien non plus sur la situation qui se développe « particulièrement dans les sociétés sécularisées » (Familiaris Consortio n°78) où, justement, « la personne non baptisée ne professe aucune religion » (ibidem).

En second lieu, j’avoue avoir été assez mal à l’aise à la lecture de la Relatio Synodi où la question des mariages mixtes est abordée dans le paragraphe « Prendre soin des familles blessées (séparés, divorcés non remariés, divorcés remariés, familles monoparentales) ». Je conçois parfaitement qu’ « une certaine communion de biens spirituels [fasse] défaut dans l’union de conjoints dont l’un est baptisé et l’autre non » (Matrimonia Mixa); cela ne doit pas pour autant conduire à confondre cette union avec une forme d’union illégitime, ni attribuer à ces couples un statut de second rang. Notre mariage n’est-il pas un mariage valide au sens canonique du terme ?

A la suite de la Relatio Synodi, le Pape François pose quelques questions en vue de la préparation de la prochaine session du Synode dont la n°39 sur le sujet qui nous occupe dans le présent billet : « Les normes en vigueur actuellement permettent-elles d’apporter des réponses valables aux défis posés par les mariages mixtes et par les mariages interconfessionnels ? Faut-il tenir compte d’autres éléments ? »

J’avoue que la question ainsi formulée me laisse perplexe. Que dire de particulier sur les « normes actuelles » ? il y a un régime de « dispense d’empêchement » qui doit être accordé par l’évêque ainsi que définit par le Motu Proprio Matrimonia Mixa qui est décrit de manière relativement générique et laisse ainsi aux ministres locaux, une grande latitude pour accompagner les fiancés dans une telle aventure. Je crois que cette liberté laissée à l’accompagnement individuel peut être source d’une grande fécondité du parcours de préparation au mariage et que si j’avais quelque chose à dire je parlerai bien de la préparation au mariage sur laquelle il y a là un véritable enjeu.

Ainsi au global, nous pouvons ici examiner trois aspects des « couples mixtes » qui peuvent contribuer au débat : en premier lieu la préparation au mariage, ensuite l’articulation de la vie spirituelle et de la vie de couple et enfin la transmission et le témoignage de la foi chrétienne aux enfants.

La préparation au mariage

La préparation au mariage est un temps privilégié pour sensibiliser la partie non catholique à ce qu’est la foi et la religion catholique par le prisme du sacrement du mariage. C’est une occasion (unique ?) de rencontre et d’échange libre avec un prêtre pour parler de tout et de rien et surtout de la religion au sens large.

C’est une occasion (un prétexte) pour aborder des sujets qui sont parfois plus difficiles à aborder dans le temps quotidien parce que, par exemple, une discussion de fond sur la liturgie ou sur la prière peut être trop « rébarbative » pour un non-croyant car trop éloigné de ce qu’il vit ou de ce qu’il ressent. Alors qu’au rebours, un temps d’échange avec un prêtre est justement une véritable opportunité pour ouvrir un débat (par « l’autorité » que représente le prêtre, par « l’obligation » d’en « passer par là » ou tout bêtement, par la curiosité de rencontrer un prêtre) qui peut alors plus facilement revenir dans la conversation au quotidien.

C’est une occasion unique, d’un point de vue « formel » de rappeler les piller de ce qui fait la vie d’un catholique pratiquant (pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté sur ce que l’on épouse), à savoir, la messe dominicale, la prière quotidienne, la confession, le denier du culte, le carême, le triduum pascal… cela évite les questions du style : « tu vas à la messe aujourd’hui ? mais on est pas dimanche !? » ou encore « tu vas à la messe alors que tu y a déjà été hier ? » et de rassurer aussi le conjoint que ce n’est pas parce que la partie catholique va à la messe qu’elle va vouloir rentrer dans les ordres…

C’est une occasion unique aussi de parler de la liturgie, de la célébration (au moins de la bénédiction…) qui est un élément essentiel de notre vie de croyant. En effet, lors de la préparation au mariage, il faut non seulement parler de toute la vie, mais aussi de la cérémonie… chant d’entrée, lecture, psaume, évangile, prière, bénédiction, envoie… autant de sujet d’échange, de discussion, de réflexion… D’une part, ce sont autant d’occasion d’ouvrir la Bible, mais aussi de parler du « dialogue » avec Dieu que représente toute célébration.

Enfin, la question du format de la préparation au mariage se pose : comment laisser un espace à la partie non catholique ? Les préparations sont en effet souvent d’une part des préparations en groupe et d’autre part des préparations avec plusieurs sessions différentes (soirée, week-end, etc…) où l’on peut être amené à rencontrer un grand nombre d’interlocuteur. Cela peut clairement être un repoussoir à la préparation au mariage : soit à la faire, soit à s’y impliquer pleinement… Ce point est corollaire à l’image que notre Église et nos communautés renvoient d’elles à l’extérieure, à ceux qui ne sont pas catholiques pratiquants. Je ne vais pas le détailler ici outre mesure, car je reviendrai dessus dans la deuxième partie de ce billet, mais la démarche positive de préparation au mariage est conditionnée au fait de se sentir accueilli, de se trouver en présence de gens bienveillants et surtout de ne pas avoir l’impression d’être jugé de n’être pas « catho » de ne pas « en être ». Aussi, l’accueil que nous savons réaliser pour recevoir le « visiteur » avec une bienveillance véritable, au quotidien est bien également une composante de cette ouverture nécessaire pour accompagner les unions mixtes depuis la préparation au mariage jusqu’à… tout au long de la vie.

L’articulation de la vie spirituelle et de la vie de couple

Pour l’articulation de sa vie spirituelle avec sa vie de couple, je vois deux éléments principaux qui sont le respect et l’éloignement qui sont deux éléments « centrés » sur le couple et la famille « nucléaire » et un troisième élément que je qualifierais d’ouvert sur les « périphéries » et que l’on peut appeler la « mission » ou le « témoignage ».

1) Le respect

Il y a en tout premier lieu un équilibre à trouver entre d’une part le nécessaire (indispensable) respect de l’autre qui vise à ne rien chercher à imposer à son conjoint et d’autre part le besoin (tout aussi indispensable) de trouver un espace pour pratiquer sa foi. Ce premier temps de respect est ainsi d’une certaine manière une expérimentation de la laïcité dans cette première cellule sociale qu’est la famille. Il y a là il me semble un riche enseignement et une riche expérience pour l’Église toute entière, « particulièrement dans les sociétés sécularisées » (Familiaris Consortio, n° 78) en matière également de nouvelle évangélisation. Il s’agit de vivre et témoigner sans chercher à « convaincre » ou à « inculquer » sa foi à l’autre. La vie quotidienne en deviendrait vite invivable. Ce qui ne veut pas dire taire ses convictions et les échanges peuvent être nombreux à telle ou telle occasion (discussion sur des projets de loi, renonciation d’un pape, fête religieuse…) ; ils doivent toujours être empreints de cet indispensable respect de l’autre, de ses convictions, de sa liberté.

Au-delà du temps (se libérer pour aller à la messe par exemple), il y aussi un partage de l’espace commun à trouver par le dialogue comme la présence de signes religieux ostensibles (crucifix…) ou le fait (et l’éventuel aménagement) d’un espace dédié à la prière quotidienne. Ainsi par exemple chez nous, ma femme bien voulu que nous ayons un crucifix au-dessus de notre lit, mais non pas sur le mur, mais sur une poutre et « dos à la pièce » de façon à ne pas être vu par ceux qui peuvent passer dans la chambre (présence de signe religieux, mais pas de manière ostensible). De la même manière, j’ai une icône… sur le deuxième rayonnage de ma table de nuit. Autre exemple, le coin pour la prière en famille est dans la chambre des enfants, il a longtemps et matérialisé par la présence d’une simple bougie (maintenant une bougie d’abbaye dénichée au comptoir des Abbayes) et du livret de baptême de #babygirl.

2) L’éloignement

Il faut compter ensuite une réalité de la vie de famille où la pratique religieuse est de manière corollaire à elle-même, un élément qui tend à « éloigner » les conjoints. En effet, le temps de la messe est un temps où les deux conjoints sont chacun de leur côté, le temps de chaque participation à telle ou telle activité religieuse également. Aussi, celles-ci sont autant de temps séparés. S’il me semble sain que chacun dans un couple puisse avoir des activités extraprofessionnelles propres, il faut aussi avoir conscience que ce sont aussi autant de temps que les conjoints ne partagent pas. Cela exige donc des choix et des arbitrages pour trouver une juste répartition entre les occasions de nourrir sa vie spirituelle sans que ce temps passé ne soit au détriment de la vie de couple. Ce qui est vrai de la religion peut l’être aussi du sport que pratiquerait un conjoint « à haute dose ».

Si le temps est un élément de possible éloignement des deux conjoints, les relations qui se nouent autour de la pratique religieuse ou autour de la paroisse sont des relations qui, sur un plan que l’on peut rapprocher des relations professionnelles ; ce sont elles aussi des relations qui ne font pas partie du cercle familial.

Alors que notre foi est un ciment véritable de notre amour, il faut au quotidien veiller à ce que cette foi n’insinue pas une faille dans notre relation humaine quotidienne.

3) La mission

Le troisième aspect que l’on peut signaler est ce que j’appellerais une « immersion en terre païenne ». Que ce soit avec le conjoint (ou le futur conjoint dans le cadre de la préparation au mariage) ou avec la famille ou les proches de la partie non catholique, nous pouvons être en contact avec des personnes qui ne connaissent de la religion que ce que l’on en voit dans les média. Je sais bien que, même en étant catholique, on peut avoir des amis ou de la famille non croyante, mais plus on va loin du cercle « des proches », moins les sujets relatifs à la religion sont souvent abordés. Alors du coup, une union mixte peut être une véritable rencontre « interculturelle » réciproque. Cela peut donner lieu à une prise de conscience véritablement « incarnée » de ce qu’est la non-culture religieuse. Il faut aussi apprendre à entendre les propos blessant sur la religion, les prêtres, les croyants… comme autant de lieux communs.

Ces rencontres, cette vie partagée représentent aussi un véritable défi, bien au-delà du seul couple, pour la rencontre de non croyant dans des situations où la parole sur ce type de sujets est possible.
Débat, témoignage, échanges… ce sont autant de situations de vie dans lesquelles il nous ait donné de vivre aussi notre foi d’une manière sans cesse à réinventer. Deux facettes sont à explorer dans cette voix : Témoigner avec bienveillance, pour simplement être un chrétien joyeux mais aussi savoir « croiser le fer », argumenter, expliquer, justifier ce que l’on croit, la richesse et la joie profonde que notre « intimité » avec le Christ nous donne… et avec des mots compréhensibles par nos contradicteurs.

Comment être un bon témoin quotidien de la richesse ineffable l’amour du Seigneur ?

Transmission et témoignage de la foi chrétienne

Le dernier élément de la réflexion est peut-être le plus important, c’est la conscience de la « grave obligation » (Matrimonia Mixa au n°4) que représente non seulement le baptême de mes enfants, mais aussi leur éducation dans la foi catholique. Les interrogations sont nombreuses et quotidiennes pour savoir comment être au quotidien un témoin authentique de ma foi chrétienne devant eux. J’imagine que ces interrogations ne sont pas étrangères aux couples où les deux parties sont catholiques pratiquants, cependant elles prennent une dimension toute particulière dans le cas où seul l’un des deux membres du couple est soucieux de témoigner de sa foi en Christ.

Ce souci de transmission est celui qui découle d’une simple intimité quotidienne avec le Seigneur.

La question du baptême n’est pas évidente dans un couple mixte ; que ma femme ait accepté que nos enfant soient baptisés est un signe de grande ouverture d’esprit de sa part. Accepter ce sceau indélébile qui marque l’enfant sans lui avoir laissé le choix ne relève pas d’une démarche évidente… bien au contraire ! J’ai eu la chance que ma femme accepte cette démarche, mais je sais qu’autour de moi, tel n’est pas toujours le cas.

Nous faisons aussi quotidiennement la prière du soir avec les enfants et ma femme prend toujours soin de nous laisser ce temps d’intimité, ce cœur à cœur avec le Seigneur. Là aussi, je suis conscient de la grâce que j’ai car cela ne va pas forcément de soi dans toutes les familles.

Mais pour aller plus loin, je m’interroge sur l’enseignement catholique. Comment peut-il aider ces familles (ou plutôt la partie catholique du couple), en lien avec la vie paroissiale ou diocésaine, à la transmission de la foi catholique et ainsi nous aider à répondre au besoin de cohérence avec les valeurs que la partie catholique cherche à transmettre à la maison. Une réflexion sur le soutien tout particulier dont ces familles ont besoin pour permettre la transmission de la foi mérite d’être conduite. Pour évoquer mon exemple personnel, il y a deux écoles catholiques dans notre quartier, Saint Ursule et Blanche de Castille ; pour ces deux école j’ai demandé l’inscription de #babygirl qui fera sa rentrée scolaire en septembre en expliquant bien, l’importance pour moi, dans le cadre d’un couple mixte, de recevoir le soutien de l’enseignement catholique pour transmettre ma foi à mon enfant. J’ai été très surpris de recevoir deux réponses négatives. Je trouve cela regrettable, compte tenu du besoin de soutien et de renfort tout particulier que peut avoir la partie catholique d’un couple mixte… dans quelle mesure une réflexion commune avec les paroisses, les doyennés ou les diocèses peut-elle être conduite pour qu’une pastorale plus coordonnée puisse être envisagée ?

* * *

Voilà les quelques réflexions que je voulais partager, basées sur mon vécu au sein d’un couple mixte. Je ne suis certainement pas le seul dans ce cas-là et si certains veulent bien échanger et partager leur réflexion sur cette expérience, je suis tout à fait preneur.

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11 Commentaires

  1. Ce billet me touche d’autant plus que je suis dans une situation un peu similaire. Mon mari est agnostique. Cependant, tout comme vous, il m’a laissée complètement libre d’élever nos enfants dans la religion catholique. Il y a également un profond respect. Mais inévitablement, des problèmes se posent. Par exemple, sur 4 enfants, aucun ne pratiquent actuellement. Le seul qui pratiquait est décédé. Et je regrette que nous n’ayons pas été, tous les deux, des exemples pour nos enfants. Disons qu’il y avait un exemple et un contre exemple, si on peu dire…
    Nous avons du mal également à envisager les événements qui se passent en Orient. Lui ne peut s’empêcher de me rappeler les croisades entreprises par les catholiques en son temps…
    Il y a presque chez lui une espèce d’anti-cléricalisme rempant qui me fait souffrir. Il sait cependant qu’il ne doit pas aller trop loin. Ce n’est pas facile aussi par exemple de dire à mon mari: « je vais à la messe ce matin ». Il a du mal à comprendre pourquoi je vais à la messe d’autres jours que le dimanche. Mes enfants aussi ne sont pas du tout dans le même « trip » que moi.
    Donc, je témoigne que ce n’est pas facile de vivre sa foi sans être du tout accompagné pas ses proches.

    1. Merci d’avoir bien voulu partager aussi votre expérience sur le sujet.
      Je suis très sensible à ce que vous dites sur la difficulté à faire partager à l’autre ce que l’on vit dans la prière et dans la messe. Parler d’une belle liturgie et de ce que cela provoque, parler de l’adoration eucharistique et des frissons que l’on ressent, parler du sacrement de réconciliation et de la paix qui nous ait donné…

  2. 1) Je vous partage rapidement mon expérience parce que ce que vous dites me touche beaucoup.

    Mon époux n’est pas croyant. Il fut longtemps loin, ricanant presque, avec mes amis et sa famille..(J’étais très très à gauche, alors, et n’avais aucun ami croyant, ne pouvais en parler, et n’osais pas). Même s’il avait accepté que les enfants soient scouts, il haïssait le scoutisme, dont il ne voyait que les aspects gnan gnan et se moquait de moi quand je lui demandais de m’accompagner à la messe de Minuit.
    Mais il est, au fil du temps, devenu de plus en plus sensible au message chrétien, à l’art chrétien, aux malheurs des chrétiens, à l’injustice dont ils font les frais, ici par le mépris, là-bas par le meurtre. L’anthropologie chrétienne, découverte lors des débats sur le mariage pour tous et sur les questions d’éthique médicale a été le levier de cette évolution : psychanalyste et athée, il soutient toutes les positions de l’Eglise sur ces questions. Mais il n’est pas croyant.
    Pourtant, quand j’ai accepté la mission d’aumônière d’hôpital, pendant 4 ans, c’est lui qui m’a soutenue dans les épreuves traversées et qui m’accompagnait dans la voiture lorsque je partais, la nuit, bénir une personne mourante. Il sait que la dignité de l’homme est d’essence, il est très à l’écoute de ses patients, mes enfants l’ont vu sauver un clochard mourant de soif lors de la canicule…Mais il n’est pas croyant.
    Pourtant, c’est lui qui me rappelle que c’est l’heure de la messe, et qui, lorsque je suis trop mal pour me lever, me dit « Tu devrais y aller, ça te fera du bien ». Lui qui explique à ma fille ce qu’est la Trinité. nous avons fait une partie du chemin de Compostelle tous les 5 et c’est lui qui a décidé des étapes. (La vache, 33 km en moyenne!!) Mais il n’est pas croyant.
    Pourtant, nous avons ainsi élevé nos enfants : moi en leur racontant la Bible, en leur parlant du Seigneur et en les emmenant à la messe quand ils étaient petits. Lui en leur faisant découvrir le cinéma et les promenades et en leur récitant Rimbaud, qu’ils aiment tous. Nous sommes ensemble depuis plus de 30 ans, mariés religieusement alors que nos enfants étaient grands. Il y a donc encore de l’espoir et du chemin. Mais il n’est pas croyant.
    Pourtant, deux de nos enfants sur trois ont demandé le baptême. Le troisième est croyant mais n’a pas fait le chemin du catéchuménat; c’est pourtant lui qui, lorsque ma fille est partie à Lourdes comme hospitalière junior, m’a dit qu’elle faisait « preuve d’une très grande maturité ». Et c’est mon mari qui lui a dit, après la messe de Minuit, à laquelle il vient toujours depuis dix ans maintenant : »Tu devras opter », parce que la chérie de notre fils est juive et que l’idée du mariage commence à faire son chemin dans leurs coeurs et que oui, il va falloir opter…( Encore un mariage mixte!!Chic!) Mais il n’est pas croyant.
    POURTANT, je souffre toujours de ne pas pouvoir prier avec mon mari, mais je constate qu’il a énormément évolué et qu’il est, de plus, tous les jours plus chrétien que moi dans ses attitudes et paroles. Mais il n’est pas croyant.
    J’avais un jour demandé de l’aide à Mgr … et fus stupéfaite qu’il me renvoie la question si brutalement : « Pourquoi avez vous choisi un mari incroyant, un tel mari? ». Car, certes, il n’est pas croyant.
    Alors je co-signe ce que vous écrivez. Car, vous l’avez compris, mon marin non croyant m’évangélise tous les jours. Et l’Eglise ne peut pas ignorer ces histoires, qui ne sont pas rares et mépriser ces mariages mixtes.

    Pour ce qui est de l’enseignement catho, je suis très mitigée. A ma grande stupéfaction, mes enfants ont toujours entendu critiquer la religion catholique, et elle seule, dans les établissements cathos qu’ils ont fréquentés. Jamais dans le public. Comme c’est étrange…Ne croyez pas que ce soit une garantie, donc, de soutien. Pour les miens, c’est plutôt d’un contre-témoignage qu’il s’est agi. Par ailleurs,étant aussi prof de lettres, je fais des oraux dans les lycées cathos…Je constate que les commentaires des textes y sont systématiquement de mauvaise foi. (On y enseigne Candide sans jamais dire un mot de ce que pensait Leibniz, caricaturé injustement par Voltaire.) Aussi suis-je bien placée pour savoir que le procès fait aux écoles cathos ( cf la fausse « affaire Gerson ») est mensonger: elles n’enseignent plus guère la foi…Faites comme moi : inscrivez le aux scouts, à l’aumônerie du coin.

    Marie

  3. A la demande de l’auteur de ce blog (et je l’en remercie), je souhaite apporter un rapide témoignage sur la préparation au mariage s’agissant des couples mixtes. Pour restreindre mon propos, je ne parlerai que des couples mixtes comprenant un catholique pratiquant et un non-baptisé ou non croyant.
    Dans la très grande majorité des cas, les couples accueillis lors des sessions de préparation au mariage partagent la même confession, mais aussi le même éloignement vis-à-vis de la foi. Ce sont majoritairement des catholiques par tradition (familiale ou culturelle) mais non pratiquants. Dans ce cadre, les couples mixtes font office d’heureuse exception. Car il est rare d’accueillir dans ces sessions des catholiques pratiquants. Ceci n’élude en rien les questionnements ou difficultés traversées par ces couples. Au contraire. Mais, si l’on s’en tient à une réflexion générale, la priorité de la préparation au mariage est d’être le premier lieu de l’annonce de la Bonne nouvelle à celles et à ceux éloignés de l’Église. Et sur ce point, le membre non croyant du couple mixte est sur le même pied d’égalité que les autres couples non pratiquants.

    L’auteur de ce blog évoquait l’accueil des couples mixtes. Sans faire de généralités, aucune distinction n’est faite dans l’accueil des fiancés. Ni aucun jugement porté. Nous accueillons aussi bien des jeunes couples, que des couples en ménage depuis plusieurs années, des couples déjà parents ensemble ou ayant eu des enfants d’une première relation… L’accueil est bienveillant, toujours chaleureux, et exprimé en vérité. A chaque début de session, nous rappelons aux fiancés qu’ils ont toute liberté de parole, et nous aussi. Et qu’il convient de se respecter mutuellement. Les couples accompagnateurs témoignent de leur vécu en vérité et avec humilité, et écoutent les témoignages de ceux qu’ils accueillent dans une écoute attentive.

    L’auteur de ce blog évoquait les sujets qu’il était possible d’aborder avec son futur conjoint lors de la préparation au mariage. Le prêtre ou les couples accompagnateurs peuvent être une aide, ou un soutien dans cette discussion parfois difficile, mais ils ne remplacent en rien les fiancés. Les points de tension (expression de sa foi, pratique personnelle, éducation des enfants…) doivent faire l’objet de discussions régulières dans les mois qui précédent le mariage pour être bien certain d’être en accord sur le respect et la liberté laissés à chacun, et sur les choix qui seront posés vis-à-vis des enfants. Ces questions ne peuvent rester en suspens avant de se marier. Cette remarque est valable pour tous les points de tension, variables d’un couple à l’autre (argent, travail, relations amicales, sexualité…). Il faut tout poser à plat avant le jour J, et y revenir dès que nécessaire dans les années qui suivent. D’ailleurs, il n’est pas rare que les groupes de préparation au mariage distribue une liste de questions aux fiancés pour qu’ils réfléchissent à ces points d’attention. On m’a reproché un jour ce « listing de questions que les fiancés étaient censés se poser avant de se marier », en affirmant « qu’il était impossible de se marier après une telle lecture ». Se poser des questions et avoir conscience des points de faiblesse de son couple ne me semblent pas être un obstacle pour se marier. Ce qui compte, c’est de réussir ensemble à surmonter les difficultés. Le mariage n’est pas une fin, mais un cheminement.
    Et voici pour ma réflexion.
    AP

    1. Merci beaucoup pour ce retour d’expérience que vous avez bien voulu partager sur ce blog, fort de votre expérience de « préparateur ». Dans notre cas précis, avec mon épouse, nous avons été préparé par un ami prêtre qui habitait un peu loin de chez nous. Il nous a préparés de manière totalement personnalisée en plusieurs sessions que nous avons pu avoir ensemble. Le fait que nous nous connaissions au préalable a évité que les peurs ou les préjugés de nous trouver « déphasés » ne se posent à nous (principalement à ma femme).

      En parlant de préjugés, ou d’idées préconçues qui peuvent être autant de freins à l’accès à la « préparation au mariage », je pensais plus généralement à l’image que peuvent donner parfois certains catholiques pratiquants lorsqu’ils sont « entre eux », donnant l’impression d’une compétition entre eux pour être de « bons chrétiens » : va que je raconte tous mes engagements dans la paroisse ou ailleurs, va que j’explique mon investissement dans telle ou telle œuvre de charité, va que je cherche au détour de chaque phrase à distiller le nom de tous les prêtres que je connais… En écrivant ces lignes, je pense ici à un exemple en particulier (postérieur à notre mariage mais qu’importe), celui du diner de rentrée paroissiale où ma femme a eu la gentillesse de bien vouloir m’accompagner et le courage de ne pas partir en courant. Elle m’en veut encore de l’avoir traîné ce jour-là dans ce qu’elle a vécu comme un véritable guet-apens !

      Je pense que trop souvent nous pouvons donner de nous cette image d’un certain pédantisme de religiosité qui peut faire peur ou semble un repoussoir. Vivre en couple avec quelqu’un qui est justement à l’extérieur de l’Église et nous regarde donc avec un œil neuf, est bien une chance et une grâce pour vivre notre mission et aller « aux périphéries ».

  4. Je profite de l’opportunité de cet article pour y ajouter mon témoignage sur la vie de couple mixte, mon ami étant non-baptisé et non-croyant.
    Pour préciser un peu plus notre situation, nous ne sommes pas (encore) mariés mais attendons un petit garçon pour fin juillet. Je vais aborder deux problèmes différents à mon sens, la vie de couple en elle-même quand l’un est croyant et l’autre non et la question du mariage religieux et de sa préparation.
    Longtemps je me suis limitée dans ma quête de l’âme-sœur à des hommes exclusivement catholiques pratiquants, avec un succès très mitigé, en témoigne cet article que j’avais écrit sur mon blog à ce sujet. https://edelweissmed.wordpress.com/2014/10/15/mes-aventures-de-celibataire-catholique/ . J’ai eu beaucoup de mal à m’autoriser à m’ouvrir un peu à un cercle moins restreint que le petit monde catho. J’avais l’impression d’appartenir à un « cheptel » jalousement gardé. Quand je faisais part de mon désespoir de ne pas trouver chaussure à mon pied, au mieux on prenait un air vaguement compatissant, au pire on m’accusait d’être trop difficile et on me proposait de me contenter des quelques hommes qui restaient encore disponibles dans l’univers catho. Il a fallu que je mette devant le fait accompli de ma situation de couple de l’époque avec un non-pratiquant, une conseillère conjugale de la Communauté de l’Emmanuel, pour enfin que quelqu’un admette que, non, il n’est pas ni évident ni souhaitable de s’unir forcément avec quelqu’un de catholique pratiquant.
    Je suis assez frappée de l’invisibilité des couples que forment @No_712 et sa femme, Marie et son époux ou Chantal et son mari. Et j’ai reçu d’autres témoignages de Twittos à ce sujet ces derniers jours concernant ce type de situation, finalement assez courante. Quand je parle d’invisibilité, je veux dire qu’il a fallu que j’arrive sur Twitter pour rencontrer des couples dans la même situation que la nôtre.
    L’existence des couples mixtes n’est jamais abordée dans les « catéchèses » sur la vie de couple que l’on peut rencontrer dans les mouvements catholiques classiques. A chaque fois qu’il est question de vie affective j’ai toujours entendu les intervenants sur le sujet s’exprimer comme si les deux membres du couple étaient forcément catholiques pratiquants. Pourtant nous vivons dans un pays où les catholiques pratiquants représentent une minorité, la probabilité de former un couple stable exclusivement catholique n’a jamais était aussi faible. Bien sûr les arguments majeurs invoqués par les « experts cathos » du mariage pour nous dissuader de nous lancer dans cette aventure sont effectivement les différentes difficultés évoquées par les différents témoignages ci-dessus de couples mixtes.
    Alors pour ma part quels ont étaient les joies et les difficultés des débuts de ma vie de couple mixte ?
    En matière de difficultés, je pense qu’elles n’ont pas forcément étaient d’ordre spirituel mais plus d’ordre moral. Pour ceux qui ont suivi et soutenu mon couple dans cette difficulté, je ne vais rien leur apprendre à ce sujet mais pour les autres je tiens à dire que c’est mon ami lui-même qui m’a encouragé à parler de ce sujet ici. Je pense que la situation qui a été le plus critique en matière de distance possible dans notre couple a été la situation de grossesse non prévue dans laquelle je me suis retrouvée il y a quelques mois. Autant il était pour moi évident que l’avortement n’était pas un recours possible dans cette situation, autant cette éventualité a été franchement évoquée par mon ami. Il m’a fallu alors apprendre la patience et la douceur en matière de dialogue, ce qui n’est pas une qualité innée chez moi. Attaquer frontalement le sujet de face aurait été une erreur, et je frémis parfois quand j’entends certains pro-vie s’exprimer, surement pleins de bonnes intentions mais souvent aussi complétement à côté de la plaque en terme de ressentis des parents dans le doute à ce moment-là de la grossesse. Cela a été un cheminement pour moi d’aller vers la compréhension de la façon de penser de mon ami, qui n’a pas grandi dans le « moule » catho, et pour qui l’avortement ne représente pas un interdit absolu.
    Concernant les joies, elles ont été aussi nombreuses à coté de cette difficulté majeure. J’ai connu une franche période de déclin sur le plan de ma Foi, précédant notre rencontre, face à l’accumulation de déceptions dans ma vie spirituelle et personnelle. Je dois dire que mon ami a été plutôt un soutien pour me remettre le pied à l’étrier en la matière, bien qu’il soit non croyant. En discutant avec lui de ma Foi, je me suis rendue compte qu’elle n’était en fait pas encore adulte, que j’étais très souvent dans une position d’attente vis-à-vis de Dieu, comme un nourrisson attend que ses parents le nourrissent. A force de discussions avec lui j’ai pu affiner quelle était vraiment ma vocation sur le plan spirituel, quel cheminement je pouvais suivre en la matière. Il est par exemple extrêmement curieux et attentif à ce qui se déroule dans mon groupe de prière, à tel point que je dois lui expliquer que je suis quand même soumise à une obligation de discrétion concernant les échanges que nous pouvons avoir au sein de ce groupe.
    Enfin je vais terminer sur la question du mariage religieux et de sa préparation. J’ai moi-même de plus en plus de réticence à me lancer dans cette aventure, tant les échos de certains couples dans mon entourage m’ont refroidi. La problématique me semble en fait souvent la suivante : soit on bénéficie d’un ersatz de préparation au mariage, quelques réunions assez formelles vite expédiées, ce qui est franchement dommage quand on s’engage pour toute une vie ensemble, soit les préparations proposées sont totalement inadaptées au membre du couple non catholique, du fait de références, d’un vocabulaire et de notions théologiques inconnus d’un non-catholique, en tout cas d’un non-chrétien. Je suis toujours à la recherche d’accompagnement de couple dans la construction d’un projet commun, qui ne soient pas trop directifs (les références répétées aux rôles respectifs de l’homme et la femme, en opposition à toute interrogation sur les stéréotypes de genre, m’énervent profondément) mais qui tiennent compte du cheminement personnel de ce couple, sans forcément faire référence à des notions de gouvernance du couple pré-établies.

    1. Merci à toi pour ce commentaire qui est presque un billet en lui-même…

      J’ai été très touché par ce témoignage délicat et personnel. Je partage à 100% votre ressenti sur l’invisibilité des couples mixtes… c’est bien de voir à quels points ils sont invisibles jusque dans la Relatio Synodi http://www.vatican.va/roman_curia/synod/documents/rc_synod_doc_20141018_relatio-synodi-familia_fr.html que j’ai franchi le pas d’un billet que je voulais écrire depuis longtemps.

      Comme dans votre situation, ma femme m’encourage aussi à vivre ma foi et à y impliquer les enfants. Je suis conscient que c’est là une véritable grâce. Ce n’est toutefois pas un sujet de conversation entre nous ; à ce sujet-là, je parle plutôt de « solitude » spirituelle et c’est aussi un peu en ce sens-là que je parlais de la foi (et de la pratique religieuse), comme quelque chose qui nous sépare. Par exemple, bien qu’ayant parlé de ce billet à ma femme, je ne sais pas si elle le lira…

      Enfin, sur la préparation au mariage, ce que tu dis recoupe parfaitement notre ressenti, ce pourquoi nous avons fait le choix d’une préparation complètement « sur-mesure » avec un de nos ami prêtre.

      Encore un immense merci pour ton témoignage.

  5. J’aimerais savoir ce que Edelweiss veut dire par « notions de gouvernance du couple pré-établies » et « références répétées aux rôles respectifs de l’homme et la femme » ? Si elle entend par là que les préparations au mariage cherchent à formater les couples dans une répartition des tâches et des rôles, je ne peux que m’inscrire en faux. Quelques éclairages seraient donc les bienvenus. Merci.

    1. Concernant les tentatives de formatage lors de préparations au mariage, cela dépend évidemment beaucoup des intervenants. J’ai eu des échos assez variés en la matière allant comme je disais de la préparation au mariage « plan-plan » en quelques soirées, où l’on en reste à des généralités, à des préparations s’étalant plus sur la durée, avec un approfondissement plus important de ce que va être la vie de couple et de famille. Et c’est là justement que le bât blesse. Profitant du temps qui leur ait laissé pour s’exprimer plus longuement certains préparateurs au mariage en profitent pour refiler leur « came « idéologique » notamment anti-gender. Personnellement j’attends surtout d’une préparation au mariage religieux qu’elle me permette en couple d’approfondir les 4 piliers du mariage que sont: la liberté, la fidélité, l’indissolubilité et la fécondité. Par contre si l’on commence à m’expliquer que la femme c’est la douceur, l’homme plutôt l’autorité je crois que je vais mordre, ce d’autant plus que notre couple s’est construit complétement à rebours de ce genre de stéréotypes. (Autre exemple marrant: mon compagnon n’a pas le permis donc c’est moi qui conduit, pour mon plus grand malheur il ne sait pas lire une carte routière et je crois que c’est congénital malgré mes efforts pour l’initier à cette science).
      De façon générale, bien que n’ayant jamais suivi une préparation au mariage et pour cause, j’ai été assez échaudée par les conseils que j’ai reçu en matière de vie de couple dans les différentes conférences ou sessions cathos portant sur ce sujet. Là pour le coup on a vraiment essayé de me faire du bourrage de crâne. J’ai déjà cité dans un de mes articles de blog ce dominicain lors d’un cours sur la morale familiale qui avait soutenu qu’une femme avec enfants devait forcément ne pas travailler, en dépit du contre-exemple célèbre des époux Martin. Il me semble au contraire qu’il faut en la matière laisser chaque couple décider du meilleur en la matière pour sa famille. Autre exemple de tentative de formatage ce site de rencontre catholique et cet article en particulier qui est vraiment atterrant : http://www.theotokos.fr/dossier-chretien/dossier.php?id_dossier=329 , sachant que le prêtre en question anime régulièrement des sessions pour les couples.

  6. Je suis entièrement d’accord avec Edelweissmed : la préparation au mariage devrait se concentrer essentiellement sur les quatre piliers du mariage (liberté, indissolubilité, fidélité et ouverture à la vie), et sur la notion de « sacrement ». Ce qui sous-entend la place que le couple désire laisser à Dieu dans sa vie conjugale et familiale. Ces aspects sont rarement abordés par les couples eux-mêmes, hormis ceux – rares – qui ont une pratique religieuse.

    Sur le formatage s’agissant des questions touchant à la différence des sexes, je ne l’ai jamais rencontré ni au cours de ma propre préparation au mariage ni à l’occasion des sessions que j’ai pu animer. D’ailleurs, les animateurs qui s’amuseraient à faire de tels raccourcis auraient la désagréable surprise de constater la grande diversité de fonctionnement des couples. De telles généralités seraient vite balayées par le simple exposé du quotidien des couples accueillis. Cependant, cela ne doit pas éluder la question cruciale, et parfois conflictuelle au sein d’un ménage, de la place que doit prendre chacun des conjoints. Ce n’est pas le rôle des animateurs de déterminer le mode de fonctionnement propre à chaque couple, mais sa mission est de les faire réfléchir sur ce point. En avez-vous parlé ensemble ? Cette répartition des rôles convient-elle à chacun ? Est-elle inscrite dans la durée ou appelle-t-elle une évolution au gré des situations et des années ? Ces questions, nous nous les sommes posés, mon épouse et moi-même, au fil des années. Nous en témoignons à notre mesure, sans intention de plaquer un modèle. Bien au contraire.

    La dernière session que j’ai eu l’occasion d’animer m’a permis de mesurer une nouvelle fois la permanence des désirs des futurs mariés : fonder une famille, améliorer la communication au sein de leur couple, résoudre les points difficiles, trouver le bon équilibre entre vie familiale et vie professionnelle, devenir père/mère avec tout ce que cela comporte comme signification (élever un enfant, lui transmettre qqch, être un exemple pour lui…).
    Sur ce dernier point, les fiancés sont conscients que la charge de la famille reposent leurs quatre épaules, de manière partagée. Il n’en reste pas moins qu’ils ne désirent pas être interchangeables à souhait. Ils ne sont pas des individus uniformes, mais bien des hommes et des femmes, à la fois très proches et très différents, complémentaires sans être contraires. Il nous arrive parfois de croiser des couples ou l’un ou l’une écrase l’autre, ne lui laisse pas sa place. Les raisons peuvent être multiples (caractère trop prononcé, héritage familial ou culturel…). Ces situations sont inquiétantes car elles sont à mille lieues de l’égalité conjugale prônée par l’Église. « Il n’y a ni homme ni femme, tous sont égaux devant Dieu » disait saint Paul. Chaque couple doit trouver son point d’équilibre.

    Pour en revenir aux remarques d’Edelweissmed, il existe des préparations au mariage imparfaites, trop « plan-plan » et même parfois trop exigeantes. Je crois que le synode sur la famille peut nous aider à améliorer ces imperfections, sans croire pour autant qu’elles disparaitront totalement. Je crois aussi à l’implication de chacun et chacune, en couple évidemment pour parler à d’autres couples, dans l’animation des préparations au mariage. Car, contrairement à ce que l’on pourrait croire, cela n’a rien d’une mission aisée que les catholiques pratiquants se réserveraient pour éviter d’aller évangéliser la foule des grandes rues. Nous naviguons en pleine périphérie (avec bonheur) ! Ma dernière session vient ici illustrer mon propos : un couple refusant d’accorder une place à Dieu dans sa vie conjugale (mais se mariant à l’Eglise), un fiancé sur le point de demander le baptême mais n’osant pas franchir le pas, un autre incroyant qui accepte de suivre sa moitié à l’Eglise le dimanche (le sujet initial de ce post je crois)… Des situations personnelles ou conjugales à la fois touchantes et réellement défiantes pour l’Eglise (dans le sens d’un défi à relever).

    Si vous cherchez un lieu d’évangélisation, et si cela répond à votre vocation, vous savez ce qu’ils vous restent à faire… 😉

  7. Bonjour,

    Journaliste-pigiste à La Croix, je prépare actuellement un dossier sur les couples où l’un des conjoints se définit comme catholique et le second comme athée ou agnostique. Ainsi j’ai été très intéressée par vos nombreuses réflexions. Je suis actuellement toujours à la recherche de témoignages (même anonymes). Serait-ce possible de vous rencontrer ou de vous appeler prochainement ?

    D’avance, je vous remercie,

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