Quel zigoto ce zygote !

Lorsque l’on prétend s’opposer à la recherche sur l’embryon, inévitablement on s’expose à la même question : pour vous l’embryon serait-il une personne ? Ou alors on se lance dans des comptes de semaines de gestation pour évaluer la formation de tel ou tel organe pouvant justifier un seuil à compter duquel il conviendrait de protéger les embryons et jusqu’à quel il ne serait qu’un matériel cellulaire utilisable.

L’objet de ce billet est donc un petit exercice de clarification sémantique : préciser de quoi parle-t-on lorsque l’on parle d’embryon ?

Remontons donc un peut plus loin, aux origines premières de tout homme et de toute femme. Qu’y a-t-il ? que trouve-t-on ? cette première cellule que l’on appelle le zygote. Et lui, ce brave zygote, est-il une personne ?

Je vais vite esquiver la question et je vais abandonner ici le terme de personne. Ce mot me semble trop riche pour ce billet. Trop de sens dans ce mot, trop de renvoie à de la personnalité, à des critères qui peuvent relever plutôt de l’étude philosophique que d’une conversation où deux locuteurs peuvent s’entendre sur un plus petit dénominateur commun pour apporter quelques qualificatif à ce zygote. Ce n’est pas qu’ici je prenne une position pour ou contre le fait qu’il puisse avoir ou non une personnalité, mais plutôt que j’élude la question dans le sujet que je me fixe au présent billet. Cela pourra éviter quelques controverses inutiles.

Revenons-en donc à notre zygote. C’est une cellule. C’est une cellule biologie (ce n’est pas une cellule de prison, ni une cellule d’un fichier Excel). C’est une cellule biologique vivante. Un exercice de clarification est nécessaire. Posons tout de suite la définition d’une cellule. Dans mon Petit Robert je lis la définition suivante :

Unité morphologique et fonctionnelle constitutive de tout être vivant, formée en général d’un noyau entouré d’un cytoplasme limité lui-même pas une membrane périphérique.

Si je vais un peu plus loin et que je cherche une définition un peu plus complète, je trouve (sur la page « Cellule (biologie) » de Wikilédia) l’introduction suivante :

La cellule (du latin cellula petite chambre) est l’unité de structure, fonctionnelle et reproductrice constituant toute partie d’un être vivant (dont les virus ne font pas partie). Chaque cellule est une entité vivante qui, dans le cas d’organismes multicellulaires, fonctionne de manière autonome, mais coordonnée avec les autres. Les cellules de même type sont réunies en tissus, eux-mêmes réunis en organes.

Ce zygote est une cellule, elle-même issue de deux cellules reproductrices qui ont fusionnées. Il semble donc assez facile de s’accorder sur ce premier point, à savoir que le zygote est une cellule biologique vivante. Dans la suite de ce billet, lorsque je parlerai sans autres précisions de cellule, il s’agira de cellule biologique vivante.

Très vite lorsque l’on veut aller plus loin, on se rend compte que le nœud du problème revient à déterminer dans un premier temps si un zygote est un être vivant ou pas. Comment y voir plus clair là-dessus ? Un être vivant est soit un être unicellulaire, soit un organisme pluricellulaire.

Une cellule n’est en effet pas toujours un être vivant ; en effet, à part dans le cas des être unicellulaires, une cellule est une partie d’un être vivant. J’insiste sur ce point, car pour certains, cette précision ne va pas de soi, et ce malgré l’accord semble-t-il communément partagé sur la définition de la cellule telle que rappelée ci-avant.

Et le zygote lui ? est-il une partie d’un être vivant ? Non. Il n’est pas une partie la mère qui le porte. Il est en quelque sorte un corps étranger puisqu’il a un patrimoine génétique qui lui est propre. Par le passé, s’il était encore permis de douter de cette réalité, j’ai bien l’impression que l’évolution de la science a permis de poser de nombreux actes qui attestent de l’altérité propre du zygote. Je pense notamment aux fécondations in vitro. Il est possible de faire fusionner deux gamètes hors du corps de la mère. C’est une preuve (empirique) que l’embryon, quel que soit son stade de développement n’est pas une partie du corps de sa mère. La connaissance des lois de la génétique nous ont également appris que l’enfant à naître, dès la fusion des deux gamètes, avait l’intégralité de son patrimoine génétique propre. Je me répète, mais il n’est donc pas une partie d’un tout, il est lui-même un tout.

Le zygote est donc un tout ; par division cellulaires successives il donnera de nombreuses autres cellules de plus en plus différentes les unes des autres. On dit donc que le zygote est une cellule totipotente. Je fais un écart sur ce sujet, car dans certains articles il est dit qu’il s’agit d’une cellule indifférenciée. Ce mot est alors à comprendre comme voulant signifier non encore différentié. A titre personnel, je n’aime pas tellement l’utilisation de ce mot qui peut facilement prêter à confusion et laisser penser que le zygote n’est lui-même pas différencié par son patrimoine génétique par exemple ou de son environnement (je pense alors aux organes de l’appareil génital féminin). Le mot peut servir une « idéologisation » du discours en jouant sur l’éventuel sens connoté du mot pour pouvoir insinuer qu’il s’agit d’une cellule non différentiée par rapport à l’appareil génital de la mère ou même une cellule « informe » ; or le zygote est bien une cellule différente des autres. Il a un patrimoine génétique propre, il a une forme propre, il a une « fonction » biologique propre. Pour éviter de possibles confusions ou manipulations, je préfère en rester au terme « totipotent » qui me semble moins sujet à interprétation subjectives.

De ces éléments, on peut donc conclure assez naturellement que le zygote est donc un être vivant.

Cela permet donc de distinguer aussi le zygote des gamètes (spermatozoïde ou ovule) qui ne sont pas des êtres vivants à part entière : ils sont des cellules reproductrices d’un être vivant et ne possèdent que la moitié du matériel génétique d’un être vivant de l’espèce.

La question qui se pose à présent est de savoir ce qui fait qu’un être vivant donné est un être humain. Il me semble que la réponse est naturellement biologique : un être vivant de l’espèce humaine est un être humain. Il est humain quel que soit son « stade » de développement. Cela permet d’éviter les amalgames qui visent à dire que l’embryon n’est pas un bébé, ni un homme, ni même un vieillard (je pousse le trait un peu loin). L’embryon, dès sa première cellule est un être vivant de l’espèce humaine et donc un être humain. Et force est de constaté que ce simple constat dérange ceux qui participent d’une désinformation criante sur le sujet, notamment les thuriféraires de la recherche sur l’embryon comme le souligne très justement Le Spirituel D’abord.

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6 commentaires

  1. […] sur les questions éthiques, avec deux articles sur le début de la vie, signé par l’auteur du blog “Numéro 712” (sur la question de la vie et de son commencement) et par le magazine Famille Chrétienne qui nous informait en fin de semaine dernière d’une […]

  2. Notons tout de même qu’un zygote donne de zéro (s’il est non viable) à N êtres humains jumeaux distincts. Il fabrique un nombre indéterminé « d’êtres humains », nombre qui peut varier à la hausse comme à la baisse pendant une dizaine de jours après la conception. Si l’embryon « dès sa première cellule » est un être humain, d’où sort le jumeau qui apparaît quelques jours plus tard ? Et que devient ce jumeau « être humain » si les deux zygotes refusionnent finalement avant de passer au stade suivant ?

    Le zygote me semble donc bien être une « machine à fabriquer des êtres humains », et non pas « un être humain ». On peut le sacraliser si on veut, mais pas le faire passer pour ce qu’il n’est pas.

    1. Mon billet cherche uniquement à clarifier les définitions des différents termes utilisés. Je peux concevoir que la conclusion vous dérange. En revanche, si vous souhaitez faire un commentaire, je vous remercie de vous en tenir à l’utilisation de termes précis.

      Le zygote est, par définition la première cellule. Après on parle simplement de cellule embryonnaires. A ma connaissance, il n’y a à partir de là que des « divisions cellulaires », la seule « fusion » est celle des cellules reproductrices (gamètes) pour justement former un zygote (cellule diploïde).

      1. Oh la conclusion ne me dérange pas en soi, mais elle est fausse. En effet la scission de l’oeuf pour donner des jumeaux monozygotes peut se produire au cours des stades de zygote, de morula et de blastocyste, soit pendant une petite dizaine de jours après la fécondation. Donc si le zygote monocellulaire initial était déjà « un être humain », d’où sortent donc les autres qui apparaissent les jours suivants ?

        De plus, pendant ces mêmes stades, et suite à une scission, ces deux « oeufs » (zygote, morula ou blastocyste) qui s’apprêtaient à devenir deux individus jumeaux distincts, peuvent tout à fait refusionner pour finalement ne donner qu’un seul individu unique. Ce phénomène est bien illustré par le fait qu’il peut même, à l’extrême, se produire pour deux « oeufs » ayant des patrimoines génétiques différents et donner ainsi un individu portant deux génotypes différents (chimérisme). Donc si les deux morulas étaient déjà deux « êtres humains », lequel a disparu et où est-il passé ?

        On voit bien que la notion « d’être humain » n’est pas pertinente à ce stade de développement. Cette conclusion n’a pas à être « dérangeante » ou non, elle « est » tout simplement.

  3. Nous sommes en 2016 et je lis seulement cet article.

    La réponse de Yogi est pleine de sens et de réalité biologique.

    Cependant, poussons la réflexion un peu plus loin.
    Pourquoi considérer que la fusion d’êtres humains est impossible ? Où passe le « 2e » se demande-t-on alors ? Mais, une fois né, où passe l’être humain à sa mort ? Sauf à considérer un cadavre comme un être humain plutôt qu’un organisme humain.
    Pourquoi considérer la duplication comme impossible aussi ? Clonons un adulte (ou un animal), le patrimoine génétique sera identique, mais nous aurons bien 2 êtres (humains ou animaux) différents.
    La capacité de fusion ou de duplication (et la mort d’un des deux ou la naissance d’un deuxième) ne me semblent pas exclure la considération d’être humain.
    Au passage, cela remet en cause la considération que l’être humain naît uniquement de la fusion de gamètes.

    1. > « Pourquoi considérer que la fusion d’êtres humains est impossible ? […] Pourquoi considérer la duplication comme impossible aussi ? »
      Il faudrait se mettre d’accord sur ce qu’est un « être humain » ou la « nature humaine ».
      Selon moi, la reproduction sexuée fait partie intégrante de la nature humaine. Une entité ayant une capacité de reproduction par scissiparité, comme une bactérie ou comme le zygote, ne répond pas à ce critère.
      Selon moi, la notion d’individu distinct, d’identité propre, fait partie intégrante de la nature humaine. Une entité dont plusieurs exemplaires distincts peuvent fusionner à leur guise pour former une nouvelle version, ne répond pas à ce critère.

      Un zygote est une entité porteuse de matériel génétique humain, mais n’est pas un être humain, pas plus qu’une cellule de peau.

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