La censure des biens-pensants

Deux exemples récents m’invitent à poser en quelques lignes un constat étrange sur une façon de nier à un interlocuteur (en l’occurrence, encore et toujours un interlocuteur catholique) le droit de s’exprimer au motif qu’une autre personne qui a, avec notre interlocuteur, un élément « catégoriel » commun, a posé un acte que réprouve le bien-pensant. C’est donc une scénette à trois. Parfois l’interlocuteur peut être celui qui pose l’acte récusé… dans ce cas-là, c’est juste une scénette à deux.

Au-delà de l’aspect caricatural de deux exemples récents, je tiens à mettre en évidence la négation de communication qui une nouvelle fois se déploie par une voie insidieuse qui est , cette-fois-ci, celle de l’indignation.

Le premier exemple est une conversation à propos du « scandale » de l’utilisation irrégulière par « Frigide Barjot » et son époux « Basile de Koch » (respectivement Virginie et Bruno Tellenne). Mon interlocuteur m’explique qu’elle aurait mieux fait de ne pas donner son avis dans le débat sur le « Mariage pour Tous » puisqu’elle « triche » avec les règles de la morale publique en prenant le logement de personnes qui pourraient en avoir plus besoin (en tout cas être plus légitime à occuper un logement de la Ville de Paris). Et donc il ne lui appartient pas de s’exprimer sur ce qui est « bien ou mal ». Peu importe donc, qu’il s’agisse dans le cadre du projet de loi d’un avis sur ce qu’elle pense être bien pour les enfants, à savoir « bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère » ou mal, à savoir l’instauration d’une filiation « fictive » ; peu importe que ce qui lui soit reproché n’ai aucun rapport avec ces sujets de « politique familiale » mais relève (approximativement) de l’abus de biens sociaux. La logique de mon interlocuteur était donc la suivante : elle a déclaré la domiciliation de sa société dans un logement de la ville de Paris. C’est interdit. Elle a donc triché. Tricher c’est pas bien. Ce n’est pas morale. Elle n’a donc pas à « faire la morale » en disant aux autres (dans le cadre d’une expression publique), ce qui lui semble bien ou mal. Bah forcément, puisqu’elle le confond sur un sujet, elle doit le confondre sur l’ensemble des sujets. Cela me rappelle une histoire de poutre et de paille dans l’œil au chapitre 7 de Saint Matthieu (versets 3 à 5) :

“Quoi ! Tu vois la paille dans l’œil de ton frère et tu ne remarques pas la poutre qui est dans le tien ? Et tu vas dire à ton frère : “Laisse-moi t’enlever de l’œil cette paille”, alors que la poutre reste là dans ton œil ! Mais tu joues la comédie ! Enlève d’abord de ton œil la poutre, et ensuite tu verras comment enlever la paille de l’œil de ton frère.

Et de fil en aiguilles, comme on sait bien que tout le monde a un jour ou l’autre fait une « vilaine action » (stationnement sur un passage piéton, au risque d’empêcher un handicapé de pouvoir traverser la rue par exemple), on peut se dire « que celui […] qui n’a pas de péché lui jette la pierre le premier » (Jn 8, 7). Il devient alors évident que plus personne n’a la moindre légitimité à exprimer ce qui lui semble bien et ce qui lui semble mal. L’expression étant intimement lié à l’intelligence et à la conscience, on en arrive à interdire toute conceptualisation et toute recherche de bien et de mal. D’un relativisme qui s’était généralisé dans notre société (ou chacun pouvait avoir une conception différente du bien et du mal), on glisse vers un nihilisme où ces notions ne sont plus seulement relatives, mais où elles sont mêmes simplement hors du champ du dialogue (et donc de la pensée).

Le second exemple a eu lieu hier sur Twitter. Alors que j’avais posté le lien vers mon article précédent en priant Saint Pierre et Saint Paul de nous donner d’aimer les prêtres que Dieu nous donne, un interlocuteur m’indiqua que j’étais « exhaussé » puisqu’il y a des prêtres pédophiles. Je lui répondis :

@Interlocuteur ne pas confondre le feu de l’Esprit et le feu de l’enfer. Monstrueux crime que « ce feu qui brûle mais n’éclaire pas ».

En m’appuyant sur cette citation de Montherlant à la fin de La ville dont le prince est un enfant, je voulais souligner (j’espérais le faire de manière décente) que je parlais d’amour et non de la perversité de certains qui « brûlent » d’un désir malsain et destructeur, non seulement pour eux, mais surtout pour ces enfants qu’ils brisent d’une manière odieuse. Mon interlocuteur me répondit alors :

Certes ! @No_712 Mais à ne pas résoudre ce qui vs concerne en se mêlant de ce qui ne vs regarde pas #MariagePourTous Vous vous êtes GRILLE !

J’en comprends que puisqu’il y a des pédophiles parmi les catholiques (dont certains ministres consacrés), les catholique n’ont plus le droit d’intervenir dans le débat publique. J’hésite un peu sur la façon dont je dois comprendre le « ce qui ne vous regarde pas » ; cela me semble négligeable car demandant pourquoi aborder ces sujets à propos d’une prière pour les prêtres (le sujet du billet que j’avais posté, ne l’oublions pas), mon interlocuteur m’indiqua que s’il a dit cela c’était pour une « question d’exemplarité ». On en revient donc finalement à l’utilisation d’un paralogisme de même nature avec deux nuances :

1) utilisation un sujet dramatique (qui a une gravité suffisante pour mériter à mon avis un véritable respect au lieu d’être utilisé à des fins polémiques sur un sujet comme celui ayant entouré les débats relatifs à la loi n°2013-404) en lieu et place de ce qui apparaît en comparaison comme une  « infime » bidouille administrative ;

2) la généralisation « à tous » de la faute de certains. Le fameux « tous pourris » qui n’a jamais eu le mérite d’aider à une réflexion plus précise sur quelque sujet que ce soit.

Malgré ces deux différences, le raisonnement est de même nature. Puisque certains catholiques sont pédophiles, l’argument vise à jeter l’opprobre sur l’ensemble des fidèles au prétexte que puisqu’il y a des prêtres catholique, c’est soit disant que l’institution est complaisante et que donc l’arbre est pourri. Non seulement un tel argument relève une nouvelle fois de la caricature et fait mine d’oublier les actions conduites par les instances dirigeantes de l’Eglise pour mettre fins à ces crimes monstrueux, mais surtout le raisonnement ne tient pas. Pourquoi un catholique de France, ne pourrait pas donner son avis de citoyen (même si son avis est éclairé par sa conscience qui est elle-même nourrie par sa religion et par sa vie spirituelle) parce que des prêtres italiens viennent d’être placés en examen pour prostitution pédophile.

L’intérêt de ce raisonnement est peut être à rechercher du côté des autres protagonistes de cette dernière procédure compte tenu, semble-t-il (à ce stade de l’enquête), que ce sont des policiers italiens qui jouaient le rôle de proxénètes ; peut-être peut-on refuser les contraventions des forces de police française qui seraient elles aussi illégitimes pour s’exprimer sur ce qui est bien ou mal.

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