Les folles exigences d’un dialogue

Suite à la réponse de Monsieur l’Abbé Grosjean (lien) à sa première « lettre ouverte » (lien), Monsieur Peltier indique (ici) accepter l’invitation à rencontrer Monsieur l’Abbé Grosjean aux cinq conditions que nous reprenons ci-après.

Cette réponse à la réponse appel deux types de commentaires de ma part : quelques commentaires sur le principe ou la potentialité de dialogue d’une part et quelques réflexions plus personnelles évoquées à la lecture des cinq conditions d’autre part.

I. La possibilité de dialogue :

Monsieur Peltier reproche à Monsieur l’Abbé Grosjean de lui avoir fait part des axes de sa réflexion qui serviront de base à leur échange futur. A lire son commentaire, cela me donne l’impression qu’il tient cela pour une porte fermée en considérant qu’écrire les grandes lignes de son opinion sur un sujet serait violer le principe d’une saine discussion. Etant cadre en entreprise, cela me semble la moindre des choses lorsque l’on veut aborder un sujet de fond (projet de partenariat, de rapprochement, de coopération diverses, de réponse à appel d’offre…) que l’on transmette les grands lignes de nos dossiers avant les réunions pour permettre aux « techniciens » des deux organisations d’analyser les tenants et les aboutissants de chaque éléments, de refaire les simulations et les calculs au prisme de leurs propres hypothèses, scénario et modélisations. Cela me semble bien loin de relever d’une méthodologie critiquable, bien au contraire, cela fait preuve d’une volonté de transparence que de donner à son interlocuteur les lignes de force de son intervention ; dans le cadre d’un débat cela permet aux différents interlocuteurs de prendre connaissances des arguments et des positions de chacun pour effectuer les recherches nécessaires pour s’approprier chacun des concepts clés qui seront ainsi « à l’ordre du jour » de la discussion.

Considérer ce soucis de transparence comme un motif pour refuser une entrevue au motif que tout serait ainsi « figé », me paraît tout simplement incongru…

En un second temps, Monsieur Peltier demande à Monsieur l’Abbé Grosjean de marquer « publiquement » son accord sur cinq conclusions qu’il pose ; il demande cela comme on demande à quelqu’un de prêter allégeance. Je n’ose pas croire qu’il y a une volonté de revanche eu égard aux ministres du culte catholique, ce serait prêter des intentions trop mesquines à ce Monsieur que je ne connais pas ; mais quoi qu’il en soi, cette attitude qui exige « soumission » de la bête avant la corrida, me laisse sceptique. Au risque de me répéter, cela me semble d’une incongruité totale.

Comment penser la possibilité d’un échange libre entre deux personnes si l’une doit agréer les conclusions de l’autre préalablement à tout discours ? Cela est la négation même de la fécondité d’un dialogue. Demander à son interlocuteur une soumission absolue et préliminaire revient à faire preuve d’une telle suffisance que cela en rend de facto impossible toute idée de débat… par absence de contradiction. C’est, in fine, la négation même de la dialectique en tant, non seulement que méthode de discussion ou de raisonnement, mais aussi, dans un sens hégélien, en tant que moteur interne de l’esprit, qui évolue par négations et réconciliations successives.

Dans mon précédent billet, je trouvais que l’échange entre Monsieur Peltier et Monsieur l’Abbé Grosjean était révélateur d’une société qui perd sa capacité à s’exprimer et à débattre de manière constructive par confusion de l’usage des concepts ; bien plus que des difficultés du langage, cette nouvelle page des échanges entre nos deux amis nous donne un exemple de l’impossibilité ultime du discours, à savoir le refus d’écoute, la non réceptivité des propos tenus par un interlocuteur. Si je ne suis capable d’accepter un débat que lorsque je fais un monologue et que je ne peux souffrir de contradiction, alors, le dialogue est impossible.

II. Les cinq conditions :

Monsieur Peltier pose cinq conditions à accepter pour pouvoir discuter avec lui. Je vais reprendre ces cinq « principes non négociables » et les commenter (plus ou moins) brièvement :

que le mariage homo est un mariage civil et donc que l’Eglise n’a pas à le condamner

Cette tentative de faire taire les catholiques est récurrente, chaque fois qu’il y a un sujet qui dérange et, sous une forme ou sous une autre, on l’invite à ne surtout pas trop sortir de ses sacristies… C’est oublier d’une part la vocation « prophétique » de l’Eglise qui se doit de sans relâche être la lumière du monde (ou être le poil à gratter d’une société en perte de repères) et d’autre part que l’Eglise est formée d’hommes et de femmes qui sont citoyens et qu’à ce titre, elle cherche aussi à parler aux citoyens des sujets de la société.

En fait, l’argument, plus souvent envisagé est celui qui consiste à dire que le mariage « relève de la sphère privée », autrement dit de « l’intime » de deux personnes et qu’à ce titre là l’Eglise n’a pas à donner son avis sur ce sujet. C’est avoir une vision réductrice du mariage dans le régime du droit français. Une excellente analyse d’Aude MIRKOVIC montre qu’il n’en est rien. Le mariage est fait de droits et d’obligations sociales… c’est un engagement contraignant vis à vis de la société. Le fait qu’il y ait un tel poids « social » sur le mariage découle très probablement du fait que ceux qui ont « inventé » le mariage civil français ont cherché à copier le mariage religieux, n’en déplaise à ceux qui nient les racines chrétienne de notre culture.

que rien ne dit à priori que l’enfant d’un couple homosexuel sera moins heureux que celui d’un couple hétérosexuel et que le premier droit de l’enfant, c’est d’être désiré, attendu et aimé.

Il y a pour l’installation de ligne à haute tension, pour la culture de végétaux « génétiquement modifié », etc. une notion que l’on appelle « principe de précaution ». Monsieur Chirac a beaucoup fait pour que celui-ci prenne une véritable consistance dans notre pays. Pourquoi ne pas faire la même chose avec les enfants.

Depuis bien longtemps la psychanalyse a mis en avant l’importance de l’altérité sexuelle dans la construction psychologique des enfant et des adolescents. De nouvelles études, qui pour des raisons diverses qui ne relèvent pas l’objet de ce billet (taille de l’échantillon, méthodologie de « sélection » des familles « test », non constitution de cohortes permettant de réaliser des l’analyses et des suivis psychologiques dans la durée, etc.) sont parfois contestées au sein même du monde scientifique, tendraient à montrer qu’un enfant se développe psycho-affectivement aussi bien avec des référents du même sexe qu’avec des référents de sexes différents. Je veux bien le croire, surtout que j’ai une grande confiance en la résilience en la capacité d’un humain, en particulier des plus jeunes. Mais je me dis qu’il peut être bon de laisser du temps au temps. La recherche scientifique n’en est qu’aux balbutiements en termes de psychologie, neurologie, etc. Le cerveau est encore un continent inconnu et appliquer le principe de précaution à nos enfants me paraîtrait être un choix qui mérite attention.

Là encore, lorsqu’il s’agit d’accompagner certaines situations (voir mon billet De la « Gay Pride » à « La Manif Pour Tous »), une logique de principe dérogatoire aurait pu être pensée… avec pragmatisme et humanisme, sans créer ce qui conduit à une compréhension d’un « droit à » l’enfant.

que, contrairement à ce qu’ont affirmé certains groupes qui manifestaient avec vous, rien ne dit que l’institution civile du mariage homo entraînerait l’adoption de l’inceste, la polygamie et la zoophilie par une espèce de suite infernale et diabolique.

J’entends encore Madame Royal dire qu’il est important de voter le PACS, mais que jamais la France ne votera le mariage pourles personnes de même sexe. Alors les promesses de certains, j’ai appris à les considérer avec prudence. Ce qui compte dans ce corpus législatif, c’est le principe de dire que puisque deux individus s’aiment, ils peuvent se marier en vertu d’un principe égalitaire. En fonction de l’influence de différents groupes de pression sur des juridictions auxquelles nous sommes plus ou moins liés, il n’est pas exclue que des évolutions se profilent.

Au nom de quel principe pourrait-on interdire le mariage entre deux personnes de mêmes sexes qui soient ascendants ou collatéraux en fonction des articles L.161 à L.163 du Code civil ; le fondement ou du moins la justification « actuelle » de l’interdit de l’inceste est le risque dit « de consanguinité » des descendants d’une union incestueuse. A partir du moment où une union entre deux personnes est biologiquement inféconde, au nom de quel principe interdirait-on cela ?

Et le mariage à plusieurs, l’idée paraît-elle tellement éloignée ? Je vous laisse voir, pour simple réflexion sur le sujet un article de l’Express.

Je ne sais pas trop pourquoi Monsieur Peltier pense à un risque de zoophilie… Pour ma part en tout cas sur ce sujet, je me dis que le simple fait de savoir que dans certains pays on peut léger sa fortune à son animal de compagnie, cela laisse ouvert le champs aux cauchemars les plus fous.

que les homosexuels en couple, célibataires ou même mariés sont les bienvenus dans la communauté ecclésiale même si on demande à certains d’entre eux de ne pas s’approcher de l’autel pour communier.

Je voudrais simplement rappeler les propos du Cardinal Barbarin au micro de RCF et TLM  le 14 septembre 2012 dans l’émission Droit de Citer : « Souvent [à l’intérieur de l’Eglise] je dis aux personnes qui ont des désirs homosexuels […] : ‘Vous avez votre place, on a besoin de vous, si ça ce trouve vous construisez l’Eglise bien mieux que moi.’ […] Vous voyez, c’est pas du tout un regard sur les personnes, […] c’est la question de la structuration en profondeur d’une famille, du mariage, d’une société, etc. » Il me semble que le Christ étant venu appeler tous les hommes nous l’offenserions gravement en n’accueillant pas les homosexuels dans nos communautés. Par amour de Dieu, par ce merveilleux commandement de charité. A quel titre serions nous fondés à exclure quelqu’un qui souhaite marcher à la suite du Christ et s’approcher de sa Croix ?

Après, force est de constater que certains catholiques ne se montrent pas d’un accueil des plus chaleureux en présence d’homosexuels. Là est hélas le lot d’une partie non négligeable de la société française. Je pense que le débat sur le projet de loi qui a eu lieu dans nos paroisses a aussi permis d’aborder une question, qui par gène peut-être, n’était pas abordée. Pour certains, je pense que cela est aussi l’occasion d’un aggiornamento personnel pour interroger leur conscience sur l’accueil du prochain tout homosexuel qu’il soit. En ce sens là, je pense que le débat aura sans doute rafraîchit quelques chrétiens, je pense notamment aux plus âgés qui ont grandis « du temps que ça ce faisait pas ces choses là… »

Que vous êtes prêt à venir en aide à tous les homosexuels qui se sentent rejetés des églises et des paroisses et que vous condamnez très fermement tout ostracisme explicite ou induit.

A titre personnel, cela me semble la base…

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