De la « Gay Pride » à la « Manif Pour Tous »

Chose curieuse, je me suis rendu compte que je n’ai pris part à des manifestations que pour deux causes dans ma vie : la Gay-Pride et la Manif pour tous. Pas les manifestations pour l’école libre, pas les manifestations contre le CPE, pas celles contre le PACS, pas celles suite au résultat de l’élection du 21 avril 2002… non. Aucune. Seulement quelques participations à des Gay-Pride et à la Manif pour tous.

Étrange me direz vous que cet écart de l’une à l’autre.

Dans les deux cas, c’est un même souci de l’autre qui m’a poussé à descendre dans la rue. Une volonté de défendre la personne humaine dans sa liberté et dans sa vérité.

A la Gay Pride pour lutter contre les discriminations, pour combattre la haine de l’autre, qui dans toute société est une haine de soi, à la Gay Pride pour dénoncer les humiliations subies, à la Gay Pride enfin pour réclamer une équivalence de droits permettant aux homosexuels de s’installer en couple de la manière la plus stable et la plus protectrice de leur couple possible.

A la Manif Pour Tous parce qu’il est abusif de considérer que l’égalité arithmétique des droits doit s’appliquer à tous, tout le temps, dans toutes les situations. Le fait qu’à des situations différentes des droits différents puissent être mis en place, cela me parait concevable tant que l’on est dans une démarche d’équité, dans une vision saine et respectueuse de la personne humaine.

Il y a un besoin réel de la part de couples homosexuels dont l’un des deux membres est parent (père ou mère) d’un enfant pour faciliter la logique de partage de l’autorité entre le parent et le beau parent. Ce besoin est d’ailleurs un besoin qui ne concerne pas que les couples homosexuels, mais l’ensemble des couples recomposés dont le « conjoint » prend en charge, au quotidien, l’éducation de l’enfant de son partenaire. Il y a sur ce sujet un véritable enjeu social à prendre en compte.

Aussi, une loi pour le statu de « beau parents » pour prendre en compte le partage de l’autorité éducationnelle, pour prendre en compte une juste protection du partenaire en cas de décès d’un conjoint (en cas de réversion de retraite par exemple), bref, pour répondre à ce types de besoins concrets et circonscrit à des situations précises, une loi ambitieuse aurait été souhaitable. Pour cela un travail préparatoire de fond avec les associations de familles aurait certainement porté beaucoup de fruit. Cette loi aurait représenté une avancée pour l’ensemble des couples « recomposés » (au sens large du terme). Une loi issue d’un consensus large, apportant un progrès social au plus grand nombre, voilà qui aurait vraiment servi et la France et l’ambition présidentielle de « rassembler. »

Il ne faut pas confondre cela avec une « filiation » fictive entre deux personnes de même sexe. Ils ne sont pas tous les deux parents.

Cette loi « Taubira » modifie l’appareil législatif existant ; il est possible que cela ouvre la possibilité d’action en justices avec des conséquences jurisprudentielles qui (selon certains juristes) peuvent nous entraîner parfois très loin dans l’ouverture à des pratiques ou des situations que je ne souhaite pas à titre personnel. J’assume ce point sans avoir l’impression que cela relève de la moindre homophobie de ma part. On retrouvera ici une conférence intéressante qui présente certaines conséquences jurisprudentielles constatée à l’étranger. Réponse à une objection qui m’est souvent posée : oui, le contexte juridique est peut-être différent entre la France et d’autres pays, mais il ne faut pas oublier que par rapport à ce qui touche aux droits de l’homme, aux éventuels intérêts de lobby divers, il n’est pas à exclure une « convergence » progressive du droit entre les démocraties du monde (je pense au rôle et à l’influence des institutions internationale).

Reste à part la situation de l’adoption qui est « marginale » en nombre de configuration et va le devenir de plus en plus compte tenu des évolutions socio-économiques des pays « exportateurs » d’enfants à adopter. Aussi, au-delà d’une refondation du statut du « beau parent », il aurait pu être envisagé un traitement « dérogatoire » de l’adoption pour les couples homosexuels. Cela évite d’en passer aujourd’hui par une loi qui peut présenter des failles jurisprudentielles non négligeable. Un régime « dérogatoire » permet aussi de se donner du temps pour examiner sereinement les questions qui peuvent éventuellement rester en suspens.

Un dernier point sur la légitimité de manifester sur une loi votée et promulguée : Ce n’est pas parce qu’une loi est légale qu’elle est légitime. Il est sain de témoigner de son opposition à une situation de fait, il est sain de réclamer l’évolution d’une situation lorsqu’en conscience on estime que tel doit être le cas. Cela peut se faire dans le respect des idées et des convictions de chacun, sans haine ni violence. L’immense majorité des manifestants du dimanche 26 mai 2012, par exemple, a montré qu’il est encore possible de manifester sans heurs sur l’ensemble d’un parcours.

La liberté d’expression et de conscience est la clé de voûte de l’ensemble des droits et libertés d’un peuple. Utiliser cette liberté, au prix de l’insulte ou du mépris parfois, au prix de l’incompréhension plus souvent est tout simplement nécessaire. Nécessaire pour l’humanité ; notre humanité s’accomplie lorsqu’en conscience nous recherchons à discerner et à comprendre la vérité et lorsque nous posons librement des actes en cohérence avec cette vérité.

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