La rue est-elle légitime pour régir le débat parlementaire ?

Les média commentent largement l’actuel débat « sur la voie publique » concernant le projet de loi visant à ouvrir le mariage aux couples de même sexe. A ce sujet ils donnent l’image d’une tension et d’une exaspération réciproque qui s’exacerbe de toutes parts. Parallèlement, des appels au calme se multiplient parmi des leaders d’opinion.

Pour n’en citer qu’un je veux citer le Cardinal Archevêque de Paris, son Éminence André Vingt-Trois qui a souligné lors du discours de clôture de l’assemblée plénière de la Conférence des Évêques de France le 18 avril 2013 [lien] :

Nous ne pouvons pas encourager une action publique qui détournerait les enjeux du débat pour en faire un moyen de déstabiliser le pouvoir politique. Le modèle de notre mission dans le monde n’est pas celui des zélotes, c’est celui du Christ qui s’est toujours gardé de laisser occulter son appel à la vie parfaite par la recherche du pouvoir. Aucune action guidée par la haine, aucune action qui suscite la haine, ne peut se revendiquer de l’Évangile du Christ. Elle ne peut pas prétendre à se réclamer de l’Eglise. Au contraire, elle en défigure l’image parmi les hommes.

Je souhaite rebondir sur ces messages d’appels au calme et sur ces messages de paix. Cela constitue une bonne occasion pour réfléchir sur la possibilité de s’exprimer sur la scène politique dans un débat comme celui-ci. L’objet du « rapport de force » des manifestations présente en lui-même une limite et un risque : celui de « faire pression » sur le pouvoir en place.

La rue peut-elle influencer le débat parlementaire ? Tel est le cas lorsque les manifestations visent à donner de la visibilité à une opinion (une pensée) qui n’a pas les moyens institutionnels d’avoir l’écho et la représentativité nécessaire dans le paysage médiatique ou dans les chambres du parlement. Cela est un des moyens de contribuer à l’exercice démocratique et peut témoigner, le cas échéant, d’une vitalité de la société civile. Là où le sujet me semble devoir être infléchi, c’est lorsque l’on bascule d’une saine contribution au débat publique à la « contrainte ». Il y a alors matière à nuancer l’argument.

En effet, mis à part représenter des personnes ayant une opinion, les « manifestants » n’ont pas la légitimité « démocratique » pour « légiférer », c’est à dire pour « faire la loi ». Il n’est pas sain pour l’exercice républicain du pouvoir que la rue cherche à imposer ses choix en prenant le pas sur la représentativité démocratique.

Lorsque les enjeux semblent particulièrement dramatiques pour la dignité humaine ou lorsque les manifestants sont numériquement très nombreux, forte est la tentation de se lancer dans une tentative d’imposer au parlement les choix de la rue.

Un principe plus digne me semble plutôt de mettre en avant, par la parole, par le débat, par la recherche scientifique ou par tout autre moyen les enjeux du paradigme. Il s’agit d’une mise en perspective des enjeux en cherchant l’adéquation de son raisonnement avec les enjeux du contexte.

Il s’agit de reprendre le sujet « par le haut », c’est à dire par la recherche du Bien le plus grand. La construction pratique de l’argumentaire doit être ordonnée à cette recherche du Bien. Ainsi, au lieu d’un jugement intransigeant, il convient de remettre en perspective que les « lois » ne sont que des expressions pratiques subordonnés à la recherche de ce qui est bon, de ce qui est bien. L’effort éventuellement demandé est en vue d’un bien plus grand encore.

La vraie question à débattre est donc de savoir comment faire pour « convaincre » du bien fondé d’une orientation (vers ce que les uns où les autres considèrent comme un bien) alors que l’on a (voir ci-dessus) exclu le « putsch » de la rue.

Je pense qu’une position est de chercher à mettre en évidence au quotidien, toujours avec la même constance, quels que soient les échéances et le calendrier électorale, qu’il y a une « morale naturelle », que celle-ci nous dépasse et tend vers le bien. En matière sociale, il y a un souci de l’écologie humaine à avoir. Comment convaincre, comment inviter l’autre, la majorité de notre société contemporaine à chercher sans relâche le bien ? Peut-on croire que des beaux discours vont convaincre qui que ce soit ? Non, certainement pas…

Je pense que le meilleur argumentaire est le témoignage, le témoignage de nos vies. Rechercher avec joie et persévérance le bien, le bon, le beau. Je suis en effet fondamentalement convaincu qu’il ne peut y avoir qu’adhésion volontaire à une idée. Toute adhésion contrainte à un quelconque système de valeur procéderait alors de la dictature idéologique. Celle-ci doit être évitée comme une illusion des plus dangereuses (même si celle-ci porte le doux nom de « politiquement correcte »), puisqu’elle refuse à la conscience la possibilité d’exercer sa propre liberté.

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