Un fait divers fait d’horreur

Deux homosexuels ont été agressés l’autre jour en plein cœur de Paris.

http://www.20minutes.fr/article/1133471/ynews1133471?xtor=RSS-176

Je pense que comme tout le monde, j’entends là tout être humain « normalement » empathique, j’ai éprouvé à l’encontre de la lecture de ce sinistre « fait divers » qui est fait d’horreurs, de tant d’horreurs, qui est le fait de tant de haine. Haine d’autant moins compréhensible qu’aucun acte propre ne peut lui servir de cause ou de prétexte, il n’y a aucun acte qui puisse expliquer un tel déchaînement de violence.

Une haine de l’autre, de sa « personne » indépendamment de son « acte » ; on approche là très près de la définition du « meurtre catégoriel » tel qu’évoqué par Zygmunt Bauman… sauf qu’il n’y a pas « meurtre » au sens stricte du terme, mais il y a un déchaînement de violence qui interroge notre part d’humanité. Nous sommes là, il me semble face à quelque chose d’incompréhensible.

Une raison humaine peut-elle justifier un acte gratuitement de haine et de violence ? Comme, par exemple, dans le cas encore récents dans nos mémoires des homicides de Mohamed Merah, tout discours ou toute explication semble impossible. Il nous reste l’espoir de rechercher dans la psychiatrie une ébauche d’explication…

La haine de l’autre, de celui qui est différent servant de catalyseur de folies malheureusement encore présentes dans le cœur des hommes. Ici il est prétexte d’homophobie. Homophobie, racisme, xénophobie… finalement le prétexte importe peu, cette haine « catégorielle » est suffisante pour être dénoncée et condamnée avec violence.

Toutefois, nous sommes dans un Etat aux institutions en théorie démocratique et les principes républicains qui sont censés sous-tendre le fonctionnement de notre justice visent à une indépendance de cette dernière. L’enjeu étant d’avoir une justice qui ne soit pas entachée d’affect ou de passions pour pouvoir incontestablement rendre des jugements « justes ». Il faut donc éviter de se faire justice hâtivement et de chercher des boucs émissaires sans une véritable « enquête », sans écouter les avis des uns et des autres. Sans cela, grand est le risque de créer alors une chaine « schismogénétiques » là où, par chance, il n’y en a pas encore. L’histoire du XXème siècle ne nous a, hélas, que trop appris les noirceurs de l’âme humaine qui peuvent se déchaîner en pareils cas.

Dans le cas précis, l’article fait un lien entre la montée de l’homophobie et « la parole des opposants au Mariage pour tous ». Sur ce sujet les mots ont un sens et il est essentiel de bien préciser à chaque fois de quoi il est question.

L’opposition au projet de loi Taubira est portée par un certain nombre de sensibilités diverses. Pour n’en citer que quelques unes qui sont plus ou moins « représentées » dans le collectif « La Manif pour tous », pensons aux Poissons roses (voir leur contribution sur le sujet), aux juifs de France représentés par le Grand Rabbin qui a alimenté le débat d’une réflexion très poussée [voir : ESSAI-HOMOPARENTALITÉ-GILLES-BERNHEIM], par le conseil français du culte musulman [projet-de-loi-mariage-pour-tous-cfcm-vf], par l’UMP, par des leaders du Front National et du Front de Gauche et par bien d’autre encore.

Compte tenu de l’extrême diversité des situations il est difficile de chercher un dénominateur commun à toutes ces sensibilités, à chaque homme et chaque femme qui ne se reconnait pas dans ce qui est impliqué par ce projet de loi.

Les éléments ci-dessus montrent que des nombreuses études, parfois très documentées ont pu être réalisées (mon propos n’est pas de les reprendre ici), mais surtout qu’une important contribution intellectuelle à été portée au débat par des personnes d’horizons et de sensibilités très différentes, par des « experts » juristes, psychologues, spécialistes de l’adoption… De manière « spontanée » il a semblé émerger une « société civile » qui s’est saisie d’un sujet relatif à une orientation du droit social de notre République. Il y a, en outre, de nombreux débat et colloques sur le sujet qui reprennent et approfondissent le sujet.

Les arguments sont divers, mais la majorité d’entre eux tournent autour de l’enfant à naître (le problème de l’enfant à adopter étant pour sa part encore plus complexe, puis qu’il s’y ajoute un risque de fermetures de frontières), rarement sur « l’union » en elle-même entre deux personnes de même sexe.

Distinguons donc les deux éléments :

Le débat sur le « droit à l’enfant » dans un premier temps. Celui-ci, selon les détracteurs du projet de loi pourrait s’opposer au « droit de l’enfant » à avoir un père et une mère. Le débat revient par ailleurs souvent sur la méthodologie des travaux psychologiques et pédiatriques qui ont été réalisés sur ce sujet. Un corollaire du « droit à l’enfant » qui est contesté par certain est une avancée encore un peu plus prononcée dans une logique de consumérisme eu égard à la création d’être humain ; sur ce point, l’homosexualité des parents ne change rien au débat puis qu’il s’agit de ne pas faire d’un enfant un produit de consommation comme les autres. On pourrait s’étendre encore longtemps sur ce point, mais encore une fois là n’est pas l’objet de ce billet.

Le second temps est le droit régissant l’union entre de personnes de même sexe. Que la société puisse renforcer les dispositifs législatifs et réglementaires existants pour aider renforcer les droits des couples dans cette situation (clarification du statut du partenaire du parent d’un enfant à l’égard de ce dernier, homogénéisation des droits à révertion de retraite en fonction des différents régimes, extention des couvertures de prévoyance le cas échéant…) est certainement un sujet, mais il se trouve qu’il n’est que très peu abordé puisque ce qui ce joue dans la loi ce sont les conséquence en matière de filiation « fictive », de notion de « droit à l’enfant », etc.

Il est irresponsable que des média (je ne pense pas aux victimes de cette immonde agression) fassent des raccourcis qui rendent impossible un vrai débat d’idées. À des travaux « rationnels », à une opposition construite et argumentée à l’encontre d’un projet de loi, interdit le débat sous prétexte qu’il ne s’agit là que d’homophobie me semble un déni de respect des hommes et des femmes qui travaillent à construire un débat apaisée et réfléchi. Ce n’est pas avec des invectives que la démocratie se grandie.

L’intervention de Henri Guaino me semble digne et je vous invite à l’écouter : http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=15411 Il met en garde des les dangers induits par des réactions de stigmatisation.

Pour finir je voudrais prier pour toutes les victimes de la torture :

Seigneur, tu étais son espérance, seras-tu un jour sa délivrance ?

Seigneur, ils l’ont plongé dans le froid de la longue nuit,
Laisseras-tu filtrer dans sa geôle un peu ton aube ?

Seigneur, ils ont meurtri son pauvre corps de partout,
Seigneur, ils ont voilé la face de son soleil,
Seras-tu le baume qui réconforte ?

Seigneur, il a crié l’horreur, la honte, l’humiliation,
Seras-tu son psaume, dans la nuée brumeuse de ses souffrances ?

Seigneur, il ne sait plus ce que veut dire aimer, pardonner,
il ne connaît plus que l’amertume, la révolte,
Seras-tu la lumière de la réconciliation ?

Seigneur, il tend les mains vers toi.
Tu es son ultime secours, son espérance, seras-tu sa délivrance ?

Seigneur, Dieu Amour, Dieu Espérance,
je te prie pour mon frère torturé.

Seigneur, sois ma délivrance
pour que j’aie aussi la force de te prier pour ses bourreaux.

Source : ACAT France, Pour mon frère torturé par Élise Fischer.

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un commentaire

  1. On mélange tout là, et comme tu dis ça engendre haine, incompréhension, fermeture au débat… Tout est mis dans le même panier : Les homos, les homophobes, les cathos, les manifestants (qui ne sont pas tous cathos), les politiciens, les forces de l’ordre… DIALOGUE DE SOURD

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