Parlons un peu de morale (sexuelle)

J’ai lu dans un très bon post d’un blog de ma #BlogRoll (que je vous recommande donc) une phrase qui me hérisse le poil :

Comme si le sexe pour le sexe, c’était mal. Bas. Pour encourager l’homme à entretenir ses bons sentiments. On est limite morale chrétienne là, non ?

Je sens que je vais l’énerver là… N’y a-t-il pas là une vision « négative » de la morale chrétienne ? J’entends déjà tous les commentaires les plus sombres possibles sur ce que tout à chacun imagine être la morale chrétienne… Une liste d’interdits les plus nombreux et les plus restrictifs visant à culpabiliser les gens pour les soumettre à de vieux prêtres libidineux… Non ! Non ! Et non !

D’une manière générale, la « morale » proposée par l’Eglise catholique ne ressemble pas tout à fait à cette liste d’interdit. Cette vision d’une collection d’interdit peut correspondre à une lecture très sélective d’un extrait (célèbre) l’ancienne alliance :

Alors Dieu prononça toutes ces paroles :
“Je suis Yahvé ton Dieu, celui qui t’a fait sortir d’Égypte, du pays de l’esclavage : tu n’auras pas d’autre Dieu que moi.
“Tu ne feras pas de statue à l’image des choses qui sont là-haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux sous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant elles, tu ne les serviras pas, car moi, Yahvé ton Dieu, je suis un Dieu jaloux. Je punis la faute des pères sur leurs fils, leurs petits-fils et arrière-petits-fils, lorsqu’ils me haïssent. Mais je garde ma faveur jusqu’à la millième génération pour ceux qui m’aiment et gardent mes commandements.
“Tu ne feras pas un mauvais usage du nom de Yahvé ton Dieu, car Yahvé ne tient pas quitte celui qui fait un mauvais usage de son nom.
“Souviens-toi du jour du sabbat et sanctifie-le. Pendant six jours tu serviras et tu feras ton travail, mais le septième jour est un repos en l’honneur de Yahvé, ton Dieu. Tu ne feras aucun travail, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’étranger qui habite chez toi. Sache que Yahvé a fait en six jours les cieux, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, et il s’est reposé le septième jour. C’est pour cela que Yahvé a béni ce jour de sabbat et l’a rendu saint.
“Entoure d’égards ton père et ta mère : c’est ainsi que tu vivras longtemps sur la terre que Yahvé ton Dieu te donne.
“Tu ne tueras pas.
“Tu ne commettras pas d’adultère.
“Tu ne voleras pas.
“Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.
“Tu ne resteras pas à désirer la maison de ton prochain, tu ne chercheras pas à prendre la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui lui appartient.”
(Ex 20, 1-17)

C’est donc se focaliser sur les seuls cinq derniers commandements sur les dix… C’est aussi et surtout oublier les premiers commandement de Dieu :

Dieu créa l’Homme à son image ; à l’image de Dieu il le créa ; Homme et Femme il les créa. Dieu les bénit et leur dit : “Développez-vous, multipliez-vous, remplissez la terre et dominez-la. Ayez autorité sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui vont et viennent sur la terre !”
Dieu dit : “Je vous donne en ce jour toutes les plantes à graines qui poussent sur toute la terre, et tous les arbres qui portent des fruits avec leur semence : ce sera là votre nourriture. L’herbe verte sera la nourriture des bêtes sauvages, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre.” Il en fut ainsi. Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : sixième jour.
(Gn 1, 27-31)

Et encore :

Yahvé Dieu plaça l’homme dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder. Puis Yahvé Dieu donna à l’homme un ordre, il lui dit : “Tu mangeras tant que tu voudras de tous les arbres du jardin, mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, ce sera la mort à coup sûr !”
(Gn, 2, 15-17)

C’est oublier, les textes de la nouvelles alliance aussi… Pour n’en citer qu’un seul sur l’ensemble du Nouveau Testament, je vous propose le sermon sur la Montagne dans sa version de Saint Matthieu :

Quand Jésus vit tout ce peuple, il gravit la montagne. Là il s’assit et ses disciples s’approchèrent de lui, 2 il ouvrit la bouche et commença à les enseigner :
“Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre,
le Royaume des Cieux est à eux.
Heureux les doux,
ils auront la terre en héritage.
Heureux ceux qui sont dans le deuil,
ils seront réconfortés.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux,
ils auront droit à la miséricorde.
Heureux ceux qui ont le cœur pur,
ils verront Dieu.
Heureux ceux qui sèment la paix,
ils seront appelés enfants de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés quand ils agissent en toute droiture,
le Royaume des Cieux est à eux.
Oui, heureux serez-vous quand on vous insultera à cause de moi,
et qu’on vous poursuivra,
et qu’on dira sur vous toute sorte de calomnies.
Soyez heureux, sautez de joie,
car vous avez dans les cieux une belle récompense.
On poursuivait tout pareillement les prophètes qui étaient avant vous.”
(Mt, 5, 1-12)

Ces textes ainsi que les cinq premiers des « dix commandements » mentionnent toujours des commandements « positifs » et pas seulement des interdits. Donc dans ses textes fondamentaux l’Ecriture Sainte porte bien une loi « positive »… On voit bien à quel point une loi positive est inscrite dans les fondements de l’enseignement (moral) de l’Eglise catholique. Il me semble donc nécessaire de préciser ce qu’il en est afin de ne pas sombrer dans une caricature enfantine de l’enseignement morale de l’Eglise issue à la fois de l’Ecriture et de la tradition, d’autant que cette caricature est véhiculée comme un lieu commun présenté comme allant tellement de soi qu’il n’est même plus la peine de l’interroger. Une mise en perspective s’impose.

Procédons par un raisonnement par analogie pour nous expliquer. Lorsque l’on conduit sa voiture, que ce soit en ville, sur une route ou sur une autoroute, pensons-nous sans cesse : « ah ! il ne faut pas que je touche le bord du trottoir (ou la glissière de sécurité) de droite ! je vais plus à gauche… ah ! il ne faut pas que je touche à gauche ! je vais alors un peu plus  droite… oh ! mais zut… faut pas que je touche à droit non plus… » et ainsi de suite ? Non… bien sûr… nous cherchons à aller tout droit, à suivre notre voie pour aller au but que nous nous sommes fixés et ce, sans encombre… Les barrières de sécurité sont là pour au cas où on quitte la « bonne trajectoire », pour nous éviter de nous embourber dans le champ, de tomber dans le fossé ; bref, pour nous éviter des mots bien plus graves…

Et bien, vous savez quoi ? il en est un peu de même pour la conduite morale. Ce n’est pas penser sans cesse à ne pas aller dans le bas côté (tu ne feras pas ceci ou cela), c’est chercher à aimer Dieu et son prochain… Pour aller vers plus d’amour, vers une ouverture de son cœur toujours plus grande. Si nous cherchons sincèrement à marcher vers le Bien (que les chrétiens voient comme suivre les pas du Seigneur), alors finalement, point n’est besoin de se soucier des interdits.

Une fois cette remarque liminaire posée, il convient d’interroger, eu égard à l’objet « sexuel » du billet [rappel pour ceux qui auraient perdu le fil en route], ce qu’est, plus précisément la « moral chrétienne » en matière de sexualité.

Le sujet est très vaste, depuis des siècles de nombreux auteurs ont réfléchit sur le sujet à la lumière de l’Évangile, à la lumière des acquis des sciences humaines, à la lumière de leur réflexion et des échanges que certains d’entre eux ont pu avoir comme « bon pasteur » de leur troupeau dans leur ministère d’enseignant, de prêtre, d’évêque… Je voudrais citer en tout premier lieu Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II qui a contribué à un renouveau en profondeur de ce que l’on appelle la théologie du corps tant à travers une très riche réflexion philosophique [Amour et responsabilité – livre écrit alors qu’il était évêque de  Cracovie] qu’une importante catéchèse [Homme et femme il les créa : Une spiritualité du corps]. On peut citer également les ouvrages de Xavier Lacroix [entre autre Le corps de l’esprit – qui est un petit opuscule très facile à lire].

De cette réflexion il ressort que la sexualité est bonne. Oui, elle est bonne, vous avez bien lui, elle est même très bonne. Elle est très bonne parce qu’elle ouvre l’homme et la femme à un don d’eux-même qui est le fruit direct de la Charité, l’une des trois vertus théologale. Dans la relation sexuelle deux être humains sont appelés à se donner l’un à l’autre.

« Il ne peut pas y avoir de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 13) nous apprend Jésus de sa propre bouche dans ce passage qui est presque un « envoie en mission » pour les chrétiens :

 “Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés : demeurez en mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, tout comme j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. Je vous dis tout cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit entière. »
(Jn 15, 9-11)

Dans l’acte sexuel, il y a ce don de soi que l’enseignement de l’Eglise nous invite à vivre dans la perfection. Ce don de soi, pour être orienté vers la perfection doit être un don sincère et entier. C’est pour cela que l’enseignement « sacralise » le rapport sexuel au point de le réserver au cadre « sacré » du mariage. Parce qu’il y a un sens, une destination de l’homme à vivre sa sexualité comme don de soi, l’Eglise considère qu’il sera le plus « sincère » et le plus « intégral » dans le seul cadre du mariage.

Pour résumer à grand traits la logique : se donner, ce n’est pas se prêter ; se donner, c’est une fois pour toute. Se donner, c’est faire « ensemble » le saut dans l’inconnu, se lancer dans une aventure, au plus profond de son cœur  parce que dans tout corps à corps, il doit y avoir un cœur à cœur.

Il y a de la « prudence » dans la continence : « La charité est la forme de toutes les vertus. Sous son influence, la chasteté apparaît comme une école de don de la personne. La maîtrise de soi est ordonnée au don de soi. La chasteté conduit celui qui la pratique à devenir auprès du prochain un témoin de la fidélité et de la tendresse de Dieu » (Catéchisme de l’Eglise catholique, §2346). En effet, « la vertu de chasteté est placée sous la mouvance de la vertu cardinale de tempérance, qui vise à imprégner de raison les passions et les appétits de la sensibilité humaine » (Catéchisme de l’Eglise catholique, §2341).

Prudence aussi d’un point de vue psychologique, visant deux choses : à apprendre la « maîtrise de soi » d’une part et, visant à protéger la relation au conjoint, d’autre part. Il n’est pas question « d’essayer » un partenaire par-ci et un partenaire par-là… ce qui conduit à considérer l’autre dans ce cas là à un « moyen » et non pas, intégralement comme une fin en lui-même. Une relation sexuelle étant toujours par nature mêlée et entremêlée de relation « sentimentale », il convient de se protéger et protéger l’autre d’une vision réductrice de l’être humain que je suis et qu’il est. Réductrice à la mécanique du plaisir des corps. Cette réduction est d’autant plus dangereuse psychologiquement qu’elle instaure une « compétition » (un principe de comparaison) entre les êtres humains sur leur être et leur profondeur affective. Cette comparabilité procède d’un excès de libéralisme qui tend à mettre autrui (mon prochain) sur un marché de la sexualité.

Egalement (mais de manière seconde eu égard à la destination de don de soi) pour ces raisons, l’enseignement de l’Eglise nous invite à réserver la sexualité à notre conjoint et ce dès avant le mariage.

Pour en revenir à l’aspect « positif » et non « négatif » de la l’enseignement moral, premier est donc la recherche du don de soi dans le cadre d’une relation libre et indissoluble entre deux personnes (donc dans le cadre du mariage). C’est en visant ce don de charité entre époux que l’Eglise nous invite à éviter les pièges des plaisirs « désordonnés » : fornication, masturbation, prostitution, pornographie, viol…

Mais, comme pour les glissières de sécurité sur l’autoroute, l’enseignement de l’interdit ne vient qu’au secours de notre faiblesse ; la volonté humaine de rechercher le bien véritable est parfois fragile et parfois nous baissons notre vigilance. L’interdit est à mon sens là pour rappeler à l’ordre celui qui cherche à suivre le commandement du Christ :

 “Voici mon commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il ne peut pas y avoir de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis, et vous, vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Aussi, je ne vous appelle plus des serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous traite d’amis parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père. »
(Jn 15, 12-15)

Quelques mots de conclusion : Ce billet veut montrer que la « morale chrétienne » n’est pas une constellation d’interdits, mais une recherche d’amour, de l’amour de Dieu et de son prochain, au quotidien. Recherche d’amour tous les jours, tous les jours. Dans la morale chrétienne il y a le pardon, il y a l’accueil… ceux-ci me semblent premiers. Je voudrais tant que soit visible en nous, chrétiens, l’amour de Dieu qui appelle tous les hommes et toutes les femmes (même si cet amour est exigeant) et non pas que sur nos mines renfermées se lisent l’anathème ou la condamnation de nos frères.

+ Dédicace spéciale à incarne – http://www.theologieducorps.fr/tdc/introduction-la-theologie-du-corps

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