Le débat sur le sacerdoce des femmes : quelques confusions historiques

Dans la conversation, l’autre jour, l’inévitable rengaine sur le « et pourquoi les femmes ne pourraient pas être prêtre » est revenu. Énervement ! Je me demande pourquoi ce sont toujours les mêmes sujets qui reviennent sans cesse sur la table pour accuser l’Eglise catholique de tous les maux de tous les torts ? Aujourd’hui, nous parlons des femmes qui ne peuvent pas être prêtre. Et pourquoi ? Je vous refais les grandes lignes de la conversation :

— Il faudrait quand même que l’Eglise se modernise, et autorise les femmes à être prêtre.

— Oui, mais si les femmes ne peuvent pas être prêtres, c’est parce que Jésus, lors de la Cène (du Jeudi Saint) n’a regroupé autour de lui que des hommes. Il a eu beaucoup de femmes autour de lui lors de toutes ses « aventures », il leur a donné des rôles parfois très important, comme par exemple être les premiers témoins de la résurrection ; mais pour ce moment particulier, l’institution de l’eucharistie, il a choisi de n’être qu’avec des hommes. L’Eglise a  considéré depuis toujours que cela signifiait que Jésus avait lui-même voulu « restreindre » le ministère sacerdotale aux seuls hommes.

— Oui, mais c’est parce qu’à cette époque, ça ne se faisait pas ; Jésus était un homme de son temps et il n’a donc pas pu avoir de femmes autour de lui pour la Cène.

C’est donc ça ?! Jésus est un « homme » de son temps et fait donc ce qui se fait… Examinons quelques faits pour y voir plus clair et voir ce qu’il en est en pratique.

Pour un catholique, Jésus n’est pas un « homme » comme les autres, il n’est pas non plus un prophète, il est Dieu né de Dieu, Lumière né de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. La lecture de ses actes et de ses paroles doit donc être faite à la lumière de cette vérité de la foi pour s’exprimer sur ce qui relève de la « mise en oeuvre » opérative de ses actes et des ses paroles au sein de l’Eglise catholique qui se considère, elle-même comme le corps mystique du Christ (voir Lumen Gentium n°7).

Gravité des faits reprochés d’abord. Dans le contexte de l’époque Jésus a « commis » des actes bien plus graves que d’avoir des femmes à sa table : il a fait des guérisons le jour du sabbat (Mt 3, 1-6), il a dit qu’il était le fils de Dieu (Mt 14, 36), il pardonnait les péchés (Mt 2, 5)… Bref, dans une mentalité juive de l’époque, bien des « délits » qui conduisirent certains à demander la peine capitale pour lui. Avoir une femme à sa table, alors qu’il a passé l’essentiel de sa vie publique avec des femmes autour de lui n’aurait pas, en soi, été quelque chose de bien « révoltant » au regard de ses autres « provocations ».

Il a fait des femmes les premiers témoins de la résurrection (Jn 20, 1 ou Mc 16, 1-7) alors qu’en ce temps là, dans la loi juive, les femmes n’étaient pas reconnues au sens de témoins possible dans le cadre de procédures « judiciaires » (voir le livre Jésus de Nazareth de Joseph Razinger sur ce point). Il est une « provocation » de plus de Jésus que de choisir (rappel : dans la présente analyse on croit que Jésus est Dieu, donc qu’il sait ce qu’il fait et ce qui va se passer, on considère donc comme acquis la prescience de Dieu) des femmes comme les premiers témoins de sa résurrection. Sur le rôle des femmes dans l’Eglise, je pense que l’on a pas encore épuisé la lecture de ce point de la révélation.  Toujours est-il qu’il a mis les femmes juives dans une situation tout à fait exceptionnelle « pour l’époque ».

Mais Jésus, le Christ, n’a pas été entouré de femme lors de la Cène. La question est donc de savoir si Jésus aurait fait preuve de conformisme pour n’avoir que des hommes autour de lui pour l’institution de l’eucharistie ; Jésus aurait-il donc cédé aux convenances de l’époque pour ne pas prévoir la possibilité d’voir des femmes prêtres ? Ce serait oublier que l’action, si elle se passe en Israël (en Judée, en Samarie, en Galilée…) n’en est pas moins dans des colonies de l’empire Romain. L’environnement de Jésus et de ses disciples est donc celui du monde gréco-romain du premier siècle. Les cultes grecs ayant des femmes prêtre se sont étendus à Rome. Il serait bien surprenant que Jésus (qui est Dieu et donc qui est omniscient) n’est pas remarqué que la puissante occupante avait des femmes prêtres… surtout si l’on considère qu’il a un projet d’évangélisation du monde (dont Rome et l’Egypte sont une grande partie du monde connu de l’époque) !

Ne dit-il pas à ses disciples : « Allez donc et faites-moi des disciples de toutes les nations » (Mt 28, 19) ou encore « Allez dans le monde entier, portez la Bonne Nouvelle à toute la création » (Mc 16, 15) ?

Il est trop facile d’oublier des réalités historiques pour critiquer l’Eglise dans ses choix. Ne cherchons pas à réécrire l’histoire sur des approximations et des contres vérités. N’est-ce donc pas plutôt à nous, aux hommes de ce temps, de chercher à discerner ce que le Seigneur notre Dieu a voulu comme rôle pour chacun, pour les hommes et pour les femmes plutôt que de remettre en cause l’Évangile ?

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3 Commentaires

  1. Vous avez discuté avec Louis-Charles ? http://www.letempsdypenser.fr/2013/04/ordination-des-femmes-sil-vous-plait-eclairez-ma-lanterne/

    Merci d’avoir attiré mon attention sur votre blog, que je suivrai attentivement !

    1. Merci d’avoir pris le temps de me lire et merci pour le lien très intéressant.

  2. Première lecture pour ma part ! Bonnes idées et bonne réflexion ! Mais comme je te l’avais promis, il faut que je mette mon grain de sel !

    Pour en revenir à la fin de ton post, tu traites le pb de de manière trop sociologique et pas suffisamment de manière théologique ou historico-critique. Tu parles de la prescience du Christ, celle-ci concerne l’économie du salut ainsi que la révélation et aucunement l’idée que la femme était prêtre dans le système religieux greco-romain. ton article est intéressant, parce qu’il se veut nourri à la fois de références objectives et d’une réflexion personnelle et non subjective. mais, un bémol, beaucoup trop d’approximations théologiques : la moins grave est celle de donner en référence un ouvrage de Ratzinger sur la christologie. Il te faut absolument pour que le lecteur puisse trouver tes sources, indiquer la référence exacte : tome 1 2 ou 3?.. Autre gros souci, tu mentionnes le théologoumène de « Corps du Christ » et tu cites pour référence Lumen Gentium. Ok mais fais attention car Corps du Christ est pas si simple d’accès , cf un ouvrage du Cardinal H. de Lubac qui étudie historiquement le mouvement de ce concept. Mais surtout là où je suis plus septique , c’est sur ta symétrie « historico-sociologique » du Christ _ Disciple_ femme prêtre. Attention, ton argument ne tient pas, car se sont les évêques qui sont les successeurs des apôtres et non la prêtrise, (à ce propos Vatican II précise que l’épiscopat est le degré supérieur du sacerdoce). Donc, lorsqu’on pense aux apôtres, l’on doit penser aux évêques , par conséquent, il n’y aurait aucun souci théologique d’ordination d’homme marié ou de femme, en revanche, il faudra instituer comme chez les orthodoxes, ‘qui au final respectent la Tradition’, un ministère presbytéral, d’homme marié ou non, et donc un ministère épiscopal uniquement de prêtre non marié… C’est un peu court, on peut en reparler, mais il est rai que le Droit Canonique est parfois obscur… Mais je t’encourage à continuer car il y a de l’idée!!!!!

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